Joaquín Sorolla à la Fondation Bemberg
C’est un éblouissement, un émerveillement, une explosion de beauté comme quand on découvre la mer, le ciel et les bateaux pour la première fois.
On ressent tout de suite l’intérêt de l’artiste pour « les irradiations les plus claires de la lumière et la recherche d’effets picturaux capable de les restituer », que les critiques d’art ont qualifié du terme luminisme et que les Impressionnistes, dont il fut le contemporain, ont porté à son apogée.

La Fondation Bemberg (1) présente du 30 avril au 13 septembre 2026 une exposition mettant à l’honneur l’un des plus célèbres peintres espagnols (peut-être peu ou pas connu du grand public français): Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923).
Fruit d’un partenariat exceptionnel avec le ministère de la Culture espagnol, la Fundación Museo Sorolla et le Museo Sorolla (2), l’exposition présente une sélection de peintures les plus emblématiques de son style.

Elle s’articule autour des grands thèmes dont Sorolla fit sa marque de fabrique: les bords de mer idylliques en famille, les portraits (dans lesquels il excellait à la manière de ses grands prédécesseurs, Diego Velázquez ou Francisco Goya) et les jardins qui ont nourri les dernières années de l’activité du peintre.
Les jardins sont apparus dans l’œuvre de Sorolla à partir de 1907. Ce sont d’abord les grands jardins patrimoniaux de l’Espagne, encore marqués par la civilisation arabo-andalouse, l’Alcazar ou encore l’Alhambra, qui fascinaient le peintre, lui offrant des points de vue resserrés, des symétries inversées par le truchement des reflets dans de larges miroirs d’eau. À partir de 1911 et la construction de sa maison-atelier à Madrid, c’est son propre jardin qui devint l’un de ses sujets de prédilection. S’y promènent ses élégantes épouses et filles, quelques amis, au milieu de massifs de fleurs paradisiaques, l’on y entend le doux bruit des fontaines et les parfums des fleurs enivrent.

« Fontaine et rosier de la Casa Sorolla »
Madrid, printemps 1918 ou 1919. Museo Sorolla, inv. MS 1241 © Museo Sorolla
Ses portraits impressionnent par leur réalisme « photographique », que ce soit ceux de sa famille, de son épouse et de son fils bien sûr, de cette danseuse de flamenco de 1914, avec sa robe au rouge intense en mouvement, ou ceux du poète Juan Ramón Jiménez, prix Nobel de Littérature, avec lequel il entretenait une correspondance amicale: le thème de l’enfance et le motif de l’enfant lui-même, genèse de la Beauté en peinture comme en poésie, occupaient une place centrale dans l’œuvre de deux artistes.
Poésie; rosée
de chaque aurore, enfant
de chaque nuit; fraîche, pure
vérité, des étoiles ultimes,
sur la vérité tendre
des premières fleurs !
Rosée, poésie;
chute matinale du ciel sur le monde !
Le poète disait au sujet du peintre: « Quand on entre dans le studio de Joaquin Sorolla, il semble que l’on arrive à la plage et au ciel; ce n’est pas une porte qui se ferme sur nous; c’est une porte qui s’ouvre au midi. »
Très touchant est celui de la Mère dormant avec son bébé à côté d’elle dans un grand lit blanc sous l’œil attendri du peintre, « ce jardin rond où réside en sa plénitude la beauté » (Rafael Alberti)

Mère
Mère
Valence et Madrid vers 1895-1901 Huile sur toile, 125 x 169 cm
Museo Sorolla, inv. MS 324 © Museo Sorolla
« Le Bateau à Valence » (vers 1894) m’a fait penser aux « Bateaux sur la plage » à Etretat (1883), cette Huile sur toile de Claude Monet (1840-1926) qui fait partie de la magnifique collection permanente de la Fondation Bemberg.

Clotilde sous l’auvent – Biarritz 1906 – Inv.MS 774
Clotilde sous l’auvent
Biarritz, été 1906 Huile sur toile, 62 x 93 cm
Museo Sorolla, inv. MS 774 © Museo Sorolla
Devant ces paysages de bord de mer, je me souviens de Jean de La Ville de Mirmont (encore un poète mort au champ d’horreur de la Grande Guerre!) et de son Horizon chimérique:
La mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.
(…) Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.
Tinariwen au Bikini
Le 12 mai 2026, dans une salle qui pourtant en a entendu bien d’autres depuis 1983 sous la houlette de Mister Hervé Sansonetto (que ce soit au bord de la Garonne route de la Croix Falgarde à Toulouse avant l’exposition d’AZF ou au bord du Canal du Midi à Ramonville Saint Agne), ce fut un concert d’anthologie à marquer d’une pierre blanche: Tinariwen était de passage à Toulouse dans le cadre de leur Hoggar Tour (3).
Il n’y avait pas de bikinis autour de la piscine, mais toutes générations confondues, y compris des personnes âgées comme moi, dont certaines en fauteuil roulant et même avec des béquilles (!), au moins 700 « fans » étaient venus communier avec le désormais mythique collectif touareg malien
Et tout le monde dansait sur la piste, sur les tables ou sur place.
Avec leurs longues tuniques bleues et blanches et leurs turbans touaregs (ou shesh), les Tinariwen, véritables rebelles du rock “n” roll, captivant le public avec leurs voix rauques et leurs chants venus du Sahara, leurs riffs de guitare hypnotiques et leurs rythmes entraînants, se sont produit partout dans le monde entier et ont beaucoup contribué à faire connaître la culture et l’identité touarègues.

Les poèmes d’amour et de révolte sont soutenus par une musique envoutante qui fait tourner des boucles de guitare comme les derviches leurs robes dans une transe mystique, et chantés collectivement, pour entretenir l’esprit de rébellion qui les anime depuis plus de 40 ans.
Avec ce blues du désert, cet assuf (nostalgie ou mal du pays), ils s’évadent et rêvent de circuler à nouveau librement sur leur territoire occupé (qu’ils appellent Tinariwen, le pays des déserts), découpé entre plusieurs états qui n’ont jamais réussi à les asservir.

Comme celui de notre Imaginaire de plus en plus « menacé de tant de muselières » (Léo Ferré), et totalement libéré ce beau soir de printemps.
Assoiffés de liberté
nous avons bu les braises
Ils nous ont volé les larmes
Ils ne nous voleront jamais la poésie
Nous sommes la mémoire et le rêve
Nous sommes la branche et la racine du temps
Et nous savons
faire oublier à l’homme
le chagrin de ses pertes.
Pour en savoir plus :
2) Museo Sorolla Paseo General Martínez Campos, 37 28010 – Madrid
Le Museo Sorolla est actuellement fermé pour travaux de rénovation et d’agrandissement. Sa réouverture est prévue à partir de 2027.
3) Le Bikini
4) Tinariwen
