Olivia Elkaim publie La disparition des choses aux éditions Stock. Un récit-enquête sur les traces de la mère de Georges Perec.

Olivia Elkaim © Philippe Matsas
Un quai de gare. Des gens qui vont et viennent. Dans l’urgence. Parfois dans la panique. Parmi eux, une mère et son fils de cinq ans. Et l’impossibilité de lâcher la main, de laisser ce si jeune enfant partir loin d’elle avec des inconnus de la Croix-Rouge. Mais il le faut, se répète-t-elle. Pour le protéger, le sauver. Elle le retrouvera plus tard, lorsque la guerre sera terminée.
Nous sommes en 1939. Le chaos ne va pas durer, se rassure la mère. Dans quelques mois, elle rejoindra son fils en zone libre, à Grenoble. Et tout cela sera de l’histoire ancienne. Voilà comment se rassure Cécile lorsqu’elle observe, chancelante, le train s’éloigner.
Combler le vide
À bord du train, le jeune George ne prend pas la mesure de la situation. Il voudrait que sa mère soit là. Qu’elle le console et le rassure. Qu’elle lui explique ce départ soudain. Il a seulement compris à demi-mots qu’un danger rôde. Surtout lorsqu’elle lui interdit de l’appeler mame-lushn. Il ne doit pas user à l’extérieur de la langue maternelle. Ni dire qu’il est juif. Alors, il oublie. Et peu à peu, le souvenir de l’enfance disparaît. George se réinvente, se reconstruit avec l’écriture. Il jouera avec les mots, les voyelles et les sonorités. Il déconstruit pour reconstruire une mémoire parcellaire. Pour retrouver une identité.
Tels sont les rares éléments biographiques sur lesquels se base Olivia Elkaim pour remonter le temps, et pour déceler dans l’œuvre de Georges Perec la présence de l’éternelle absente. Elle scrute, enquête et contacte les anciens compagnons d’écriture de Perec. Elle veut comprendre comment renaître du chaos. Car c’est aussi la figure de Cécile, la mère, qui va bientôt la hanter. Cette jeune femme, rapidement veuve, qui doit tenir debout pour elle et pour son fils. Cette mère qui fait face à la perte, encore, afin de sauver celui qu’elle aime. Une femme qui tient debout jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée et déportée, laissant son fils tisser des liens invisibles.
Olivia Elkaim se faufile avec grâce et pudeur dans cette relation mère-fils aussi fugace que fusionnelle. Elle interroge ainsi la force des liens, mais aussi les silences et les conséquences de l’absence. Et, avec des mots sensibles et vibrants, elle réussit à recréer un pont entre ces deux êtres séparés beaucoup trop tôt.
La disparition des choses – Stock


