Fin mai 2024, nous rencontrions Anaïs MVA dans sa loge, au Bikini, dans le cadre du Weekend des Curiosités. De son premier EP « Métastases » à son album « Remède », nous plongions dans l’univers sensible d’une jeune artiste ancrée dans son époque. Après ces premières leçons de pop mélodique sur fond de résilience, la chanteuse revient à Toulouse, sur la scène déjà foulée du Rex, jeudi 23 avril. L’occasion d’aborder son dernier EP, baptisé « Le lapin blanc », et bien plus encore.

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Culture 31 : Après « Métastases » en 2023 et « Remède » en 2024, tu as dévoilé l’EP « Le lapin blanc » en 2025. Que représente ce troisième projet pour toi ?
Anaïs MVA : C’est un projet que j’ai plus pensé pour le live. Il y a pas mal de sons, notamment la batterie, qu’on a travaillé pour créer du mouvement sur scène ou des images. Sinon, c’est une continuité des projets précédents, je ne me suis pas vraiment pris la tête sur ce que ça représentait exactement. Je dirais que la nouveauté, c’est surtout d’avoir plus pensé au live que pour les deux précédents.
Dans le morceau « vriller » tu dis : « et ce soir je me produirai sur scène, pourtant je me sens si seule ». Quel est ton rapport à la solitude en tant qu’artiste ?
Il évolue en permanence. C’est un peu lié à ma santé mentale, à ce que je traverse. Sur la première tournée, je me suis sentie seule, dans le mauvais sens, parce que j’étais pas mal déprimée aussi. Et donc, ça me faisait bizarre d’être face à beaucoup de gens le soir et puis de rentrer chez moi et d’être seule. Ou de faire des concerts où des potes viennent, mais derrière, personne ne prend le temps d’envoyer un message, parce ce qu’ils se disent que tout le monde t’en envoie. Du coup, il y avait ce truc un peu bizarre de « tout le monde pense que je suis hyper occupée, et au final, personne ne prend vraiment de mes nouvelles ». Comme tout le monde se disait ça, j’étais un peu seule en tournée.
C’est donc quelque chose qui a évolué ?
Oui. Je réapprends à sociabiliser et à construire des liens plus solides avec les gens avec qui je monte sur scène. Ils deviennent des amis maintenant, et ça change beaucoup la tournée. Avant, par exemple, avant un concert, j’allais un peu rester dans mon coin et venir pour les balances, quand on a besoin de moi. Maintenant, comme ce sont des amis, je reste avec eux même si on n’a pas besoin de moi, parce qu’on s’aime tous humainement. Donc je me sens moins seule. Pourtant, l’équipe n’a pas changé. C’est moi qui ai changé mon état d’esprit et qui vais mieux aussi mentalement.
Pour en revenir à ton dernier EP, il comprend également le titre « COOL » en featuring avec Zélie. Comment cette collaboration s’est-elle dessinée ?
Avec Zélie, ça fait un long moment qu’on suit ce que fait l’une et l’autre. On s’était toujours dit qu’un jour, on ferait du studio ensemble, mais on n’avait jamais vraiment réussi à se coordonner ou que ça se fasse naturellement. Elle m’a invitée à venir chanter « XS » avec elle l’année dernière pour sa Cigale, et on en a rediscuté après, puis ça s’est fait. On s’est vues sur Bruxelles au studio, et en une journée, le titre était plié. Parce qu’on a la même manière d’écrire. On a beaucoup de points communs dans le processus créatif ! Donc on a juste beaucoup parlé de l’amitié, pendant peut-être une heure, et ensuite, on a écrit nos parties et ça a coulé de source.
En parlant d’amitié, cette année 2026, tu as également dévoilé le single « tu me manques ». Un titre sur une relation amicale. Dirais-tu que la thématique de l’amitié prend de plus en plus d’ampleur ?
Pendant un temps, j’ai eu beaucoup tendance à parler de relations amoureuses, mais c’est parce que je n’avais jamais vraiment vécu de rupture amicale. Jusqu’à mes 21 ans, je n’avais jamais vraiment souffert en amitié. Puis, j’ai perdu des amis, alors que je pensais qu’on serait amis pour toujours. Ça a été un vrai choc. Et je pense que c’est pour ça que ça vient plus tard. Même dans les films, j’ai l’impression que c’est moins représenté, donc j’y pense moins dans mes chansons. Mais je crois que je n’ai pas fini d’en parler.
C’est un sujet qui laisse une empreinte.
Les ruptures amicales, j’ai l’impression que tu y penses toujours. Même des années après, ça te fait toujours un peu mal, parce que ce ne sont pas des gens remplaçables. Tu peux avoir plein d’amis différents, qui jouent chacun un rôle différent, contrairement à l’amour où c’est l’un après l’autre la plupart du temps. Avec l’amitié, je trouve que tu ne guéris jamais. Une fois que tu as perdu un ami, personne ne va le remplacer, parce que la personne te faisait rire de telle façon, vous aviez tel délire ensemble, etc. Et je crois que c’est aussi pour ça que c’est plus vicieux comme douleur, ça s’installe plus longtemps.
Au-delà de l’amitié, tu es une artiste très proche de ses fans, tu as noué un lien particulier avec eux.
J’ai beaucoup de mal à mettre de la distance ou une barrière, parce que j’ai l’impression que si j’en mets une, c’est comme si je demandais qu’on m’idéalise. J’ai beaucoup de mal avec ça, les trucs de starification, ou d’avoir l’impression que les chanteurs sont des êtres humains spéciaux. Et pas que les chanteurs, toutes les célébrités. J’ai beaucoup de mal avec ça, je pense que c’est de la poudre de perlimpinpin. Ça va très bien à certaines personnes, mais moi, ça ne me va pas du tout. En fait, je pense que la proximité me permet de briser ça, de leur dire « je suis exactement comme vous ».
Penses-tu que c’est aussi une dynamique générationnelle, avec les réseaux sociaux, etc ?
Pour moi, c’est un mélange entre personnalité et internet. Quelqu’un d’introverti n’est pas forcément à l’aise avec les commentaires sur les réseaux sociaux, par exemple. J’ai plus ce côté « people pleaser », à vouloir répondre à tous les commentaires des gens qui me soutiennent. A chaque fois qu’on me donne de la force, j’ai l’impression que je dois remercier. C’est dans ma personnalité, et puis j’ai l’impression d’être méchante quand je ne réponds pas.
En interne, les relations semblent aussi de plus en plus soudées entre artistes, notamment au sein de la pop féminine francophone. Le confirmes-tu ?
Je trouve que oui. Après, je suis un peu un bernard-l’hermite. J’ai vraiment beaucoup de mal à sociabiliser. Mais à chaque fois que je parle avec des artistes féminines, elles sont toujours hyper gentilles avec moi. Zélie, c’est vraiment un sucre, par exemple. C’est un cœur depuis le début. Et les échanges entre artistes féminines sont toujours hyper bienveillants, ça se tire vers le haut. Je n’ai pas connu l’ère de la musique où ça se tirait dans les pattes. Au contraire, je n’ai vu que du girl power partout depuis que je suis arrivée, et je trouve ça trop stylé.
De manière plus générale, quelles sont tes ambitions pour la suite ?
M’impliquer le plus possible dans tout, pour faire de la musique dont je suis de plus en plus fière, et que j’ai de plus en plus envie de défendre sur scène.
Enfin, tu t’es déjà produite à plusieurs reprises devant le public toulousain, notamment au Rex. Quel est ton ressenti ?
Je crois qu’il est dans mon public le plus fidèle. Il y a des gens qui me soutiennent beaucoup à Toulouse. Des auditeurs dont je connais les prénoms, presque les noms de famille, et les visages. Je suis venue plusieurs fois ici, et l’année dernière, quand on est venus aux Rex, on est restés un petit peu dans la ville, et j’ai vraiment trop aimé le vieux Toulouse. Bref, j’aime beaucoup cette ville, j’aime beaucoup le public, et j’ai trop hâte d’y jouer de nouveau ! C’est toujours un plaisir.
Propos recueillis par Inès Desnot

