Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
L’Homme de fer d’Andrzej Wajda
En 1980, durant les grèves des chantiers navals de Gdańsk, Winkel, un journaliste de la télévision d’Etat, est chargé sous couvert d’un reportage d’infiltrer le mouvement et d’enquêter sur Maciej Tomczyk (ouvrier à la tête des grévistes) afin de les discréditer. Mais Winkel, au contact des témoins et des acteurs d’une mobilisation, prolongeant celles des étudiants en 1968 et des ouvriers des chantiers navals en 1970 réprimées dans le sang, va abandonner sa mission…

Sorti en 1981, L’Homme de fer a été tourné au cœur même des événements relatés et le film possède naturellement une dimension documentaire (on aperçoit d’ailleurs Lech Walesa, le véritable leader de la grève), mais Andrzej Wajda ne sacrifie cependant pas la fiction dans ce film au message résolument politique. L’Homme de fer constitue d’ailleurs une suite informelle à L’Homme de marbre, sorti en 1977, qui retraçait la vie du père de Maciej Tomczyk, tué lors des manifestations de 1970, et dont certaines scènes sont reprises.
Aucun mensonge ne tient longtemps
Si cette plongée dans la Pologne communiste en pleine ébullition souffre parfois de quelques longueurs et d’un brin de didactisme, elle est portée par la mise en scène du grand cinéaste, auteur notamment du formidable Cendres et Diamant. L’interprétation (Jerzy Radziwilowicz, Marian Opania, Krystyna Janda) est au diapason et au-delà de l’épisode relaté – qui va se conclure par les accords Gdańsk puis par la création de Solidarność, premier syndicat libre – les mécanismes de la propagande, de la censure et de la répression sont parfaitement exposés.

La Palme d’or attribuée à L’Homme de fer en 1981 fut contestée par certains en raison d’un choix jugé plus politique que cinématographique. Faux procès tant le film échappe au manichéisme tout en s’attachant avec force à des destinées individuelles. Quelques mois plus tard, en décembre 1981, la loi martiale et l’Etat de siège furent promulgués – sous pression de Moscou – par le général Wojciech Jaruzelski. Mais comme le dit à un moment l’un des personnages : « Aucun mensonge ne tiendra longtemps. » Le mensonge communiste cessera en Pologne en 1989.
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