La Chaleur un film de Stéphane Demoustier
Après nous avoir cloués sur place avec l’incroyable Inconnu de la Grande Arche au mois de novembre 2025, le réalisateur Stéphane Demoustier nous propose ici un film très différent, abordant les frontières toujours un peu opaques de l’intime et met pour cela en avant une poignée de jeunes comédiens débutants, ou pour le moins inconnus, totalement bluffants.

Hadrien Hussein (Marouane) – © Petit Film
C’est l’été, sur la côte landaise. Le premier plan est saisissant. Alors qu’une joyeuse équipe de post-ados se jette dans les vagues, de dos nous remarquons l’un d’eux, avec son tee shirt, ses chaussettes et ses nu-pieds. Il les regarde sans bouger. Il se nomme Marouane et passe ses vacances avec sa famille dans le camping tout proche. Alors qu’un même thème monopolise les discussions entre garçons, vous vous doutez lequel, lui reste distant. Une fin de soirée arrosée, un peu à l’écart du groupe, Oscar, un garçon de son âge, un peu fort en gueule, genre mâle alpha, veut fouiller dans la sacoche de Marouane. Une dispute éclate. Suit une chute fatale pour le jeune homme en contrebas d’un play-ground. Epouvanté, paniqué, sidéré, Marouane décide de traîner le corps d’Oscar jusqu’à la plage toute proche et de l’enterrer dans le sable. A partir de ce moment-là et malgré les beaux yeux de Giulia, Marouane commence à vivre un enfer au gré des marées. Incarnation même du remord et de la culpabilité, Marouane se débat dans un combat intime que personne ne devine. Voilà la fin des vacances. Tout le monde plie bagages alors que la police commence à enquêter dans le camping…
Le personnage de Marouane est captivant. Pourquoi ne s’intègre-t-il pas davantage à la bande de garçons qui l’entoure ? Une séquence sur la plage donne une explication, ouvre une voie. Alors que Giulia lui demande quelle musique il aimerait alors écouter, il lui indique le Prélude du 1er acte du Lohengrin de Richard Wagner, musique sublime, planante, qui dépeint les sphères irréelles dans lesquelles vit le Chevalier au Cygne, Monsalvat où le Graal est détenu précieusement. Houlà !! N’allons pas plus loin. Marouane est un pur intellectuel, éloigné de la trivialité d’un certain monde. Le jeune Hadrien Hussein nous en trace un portrait d’une formidable densité qui flirte parfois avec l’autisme. L’on devine que son passage à l’âge adulte ne se fera pas sans douleurs. La post adolescence dans ses mélismes les plus anguleux.
Un beau film, d’une grande sensibilité (une adaptation du roman de Victor Justin – 2019) qui réserve un twist final…

