« The Last Viking », d’Anders Thomas Jensen, est LE film noir de l’été, reprenant les clichés du genre pour mieux les pervertir. Au programme donc : de l’argent mal acquis, un méchant de compétition, des coups de poing et du sang qui gicle. Plus un Mads Mikkelsen méconnaissable en gentil azimuté se prenant pour John Lennon.

Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas dans « The Last Viking ». Photo Rolf Konow
Il y a évidemment du frères Coen dans « The last viking », variation dano-suédoise de thèmes développés dans « Fargo » et « No country for old men ». Et puis aussi un petit air de l’excellent « Un ours dans le Jura », de Franck Dubosc (eh oui !), autre sombre histoire de règlement de compte virant à la comédie très noire. Avec, en supplément d’âme, la dénonciation des violences que certains pères infligent à leurs enfants, détruisant à coups de ceinture leur présent et leur avenir. Manfred (Mads Mikkelsen) en a subi le plus lourd tribut, tabassé plus souvent qu’à son tour par ses camarades de classe et son géniteur parce qu’il aime se déguiser en Viking. Devenu adulte, il souffre de dissociation de l’identité, s’enfermant dans un monde où il se prend pour John Lennon.
Les traumatismes de l’enfance
Son frère Anker (Nikolaj Lie Kaas), qui fut aussi maltraité par leur père, est devenu un gangster. Il vient de purger 15 ans de prison pour un braquage dont il a fait planquer le butin par son frère. Sauf que la mémoire de ce dernier lui fait défaut quand il s’agit de pelleter la terre pour le retrouver autour de l’ancienne maison familiale, théâtre de tous les traumatismes de l’enfance, en pleine forêt, près d’un lac (où l’on retrouve l’atmosphère pesante d’« Un ours dans le Jura »). Pour couronner le tout, l’ex-complice d’Anker est prêt à tout pour lui piquer le magot…
Rire libérateur
« The Last Viking » cogne dur, laissant peu de répit au spectateur, souvent poussé au rire libérateur quand la violence se déchaîne autour de la maison de campagne, sorte de manoir hanté faisant ressurgir les fantômes du passé. Au-delà des figures imposées, Anders Thomas Jensen, également auteur du scénario, sait apporter son lot de surprises, dont la confrontation hilarante entre le répertoire des Beatles (« With a little help from my friend ») et celui d’Abba (« Chiquita »). Et provoque de façon tout aussi efficace douleur et émotion dans les terribles scènes d’enfance qu’on croirait issues des meilleurs romans de Stephen King.
« The last viking », d’Anders Thomas Jensen, actuellement au cinéma.

