Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Les Aventures du capitaine Wyatt de Raoul Walsh
1840, le lieutenant Richard Tufts et son éclaireur sont envoyés en Floride afin d’entrer en contact avec le capitaine Quincy Wyatt, officier en rupture de ban avec l’armée à la tête d’un avant-poste. Pour Wyatt et ses hommes, il s’agira de reprendre une forteresse occupée par des Indiens Séminoles et des trafiquants d’armes. L’opération menée et des civils détenus libérés, la troupe poursuivie par les Séminoles doit abandonner le repli prévu par bateau. Wyatt décide alors de traverser les dangereux marais des Everglades…

Unique rencontre cinématographique entre le chevronné Raoul Walsh et Gary Cooper, Les Aventures du capitaine Wyatt (1951), entre film d’aventures et western, impose d’emblée son originalité. Si le scénario peut évoquer par certains aspects le remarquable film de guerre Aventures en Birmanie réalisé par le même Walsh quelques années plus tôt, c’est surtout au roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad que l’on songe. De la narration introduite en voix off par le journal de bord de Tufts au personnage de militaire s’étant retiré en créant une sorte de communauté en passant par le voyage ponctué d’obstacles : les emprunts à l’œuvre de Conrad sont légion. En outre, le prologue avant la prise du fort instaure un climat particulier : pas d’action, mais la description d’une île en forme de paradis perdu où le charismatique Wyatt vit en harmonie avec la nature.
Tambours lointains
Surtout, en dépit de l’affrontement annoncé contre « des ennemis sauvages et sanguinaires », Les Aventures du capitaine Wyatt pose un regard inattendu sur les Indiens, bien avant la vogue des films pro-Indiens de la fin des années 1960 et des années 1970. On apprend d’abord que Wyatt fut marié à une princesse Creek tuée par des soldats américains ivres. Un fils est né de leur union et Wyatt vit en paix avec les Creek. En outre, même les Séminoles ne sont pas de banals « méchants ». La beauté de leurs parures et de leurs peintures – ainsi que la plastique parfaite de leur chef Ocala – ne procèdent pas au processus d’effacement et de déshumanisation à l’œuvre dans nombre de westerns. Une scène – totalement inutile sur le strict plan narratif – s’attarde à un moment dans un cimetière séminole suscitant le respect chez les soldats américains. Autre originalité : le capitaine Wyatt est évidemment un homme courageux – à l’image du duel aquatique final avec Ocala – mais il dit préférer le pardon à la haine et à l’idée de vengeance.

Autant d’éléments (comme d’ailleurs le titre original Distant Drums, ces tambours lointains qui accompagnent le récit) qui font du film de Walsh une œuvre dépassant le simple divertissement en Technicolor. Une romance assez artificielle et des seconds rôles falots (Richard Webb, Mari Aldon) sont vite oubliés grâce à la mise en scène une nouvelle fois impeccable d’un cinéaste auquel on doit tant de réussites à l’instar de High Sierra, Gentleman Jim, La Vallée de la peur, L’enfer est à lui, La Femme à abattre ou Les Nus et les Morts.
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