Microstar un film de Léopold Kraus
Appartenant lui-même à cette fameuse génération Z, le réalisateur Léopold Kraus lui offre ici un portrait à l’acide qui en dit long non seulement sur cette classe d’âge mais également sur notre temps.

Abraham Wapler (Gabriel) et Raïka Hazanavicius (Pauline) – ©Moonlight Films Distribution
Paris, aujourd’hui. Gabriel développe une micro activité d’influenceur en produits de beauté. Mais en réalité il se rêve comédien et passe des castings à longueur de journée. En vain. Il fait la rencontre d’un décérébré total, Stanislas, un fils à papa qui nage dans l’opulence et qui le prend sous son aile pour tourner des clips complétement foireux sur des bijoux. Gabriel va croiser le regard de Pauline, jeune chercheuse en écologie. Un brin de romance s’amorce mais elle est freinée par un handicap…physique car Gabriel s’est vu attribué par la nature d’un pénis, si ce n’est micro, du moins… Entre court métrage où il frôle l’hypothermie et storie dans une baignoire remplie de champagne pour un bijou sans grand intérêt, la vie de Gabriel est une vraie galère. C’est le but que s’est fixé le réalisateur : nous raconter l’envers du décor d’une génération qui ne pense qu’à se promouvoir sur Instagram, TikTok ou autre miroir aux alouettes de notre temps. Au travers des mésaventures de Gabriel c’est aussi le passage à l’âge adulte qui impose sa loi souveraine, creusant avec violence les conflits de classe et interrogeant sur l’irrépressible besoin d’ascension sociale.
Si le récit laisse une place non négligeable à l’humour, le sens profond du scénario demeure sidérant de noirceur. Cette génération fabrique des paumés, aveuglés par certaines réussites ponctuelles qui peuvent s’écrouler d’une seconde à l’autre, comme un château de sable. Pour incarner Gabriel, Léopold Kraus a choisi l’un des acteurs les plus prometteurs de la nouvelle génération : Abraham Wapler. Sa retenue en fait une véritable marionnette au milieu du maelström des réseaux sociaux. Il lui fait vivre son « handicap » avec une honte que ses yeux n’arrivent pas à cacher. Une vraie gueule de cinéma, avec ses traits coupés à la hache. Félix Lefebvre en fait des tonnes en Stanislas, frôlant l’overdose. Raïka Hazanavicius est la lumière de ce trio. Elle ne manque pas de faire sourire lorsqu’elle critique le népotisme…
Peut-être pas un chef-d’œuvre mais un film qui plonge une lame glacée dans l’enfer dérisoire de l’autopromotion.

