L’Odyssée un film de Christopher Nolan
Reconnaissons-le humblement, ce film, nous en rêvions. En s’emparant du gigantesque poème écrit par Homère il y a plus de 3000 ans, un texte devenu fondateur de la littérature occidentale, Christopher Nolan, nouvel aède du 7éme art, scelle une pierre fondamentale à l’édifice de sa production cinématographique. Et nous comble de bonheur !

Matt Damon (Ulysse) – ©Universal Studio
La guerre de Troie a éloigné Ulysse d’Ithaque pendant de longues années. Grâce à la ruse du cheval, Troie l’imprenable est tombée. La guerre finie, Ulysse et ses hommes reviennent dans leur pays. Sur le chemin ils s’arrêtent faire provision et se retrouvent enfermés dans la grotte du cyclope Polyphème. Pour s’en évader ils vont lui crever l’œil. Mauvaise idée car le monstre est le fils de Poséidon, le dieu de la mer qui dès lors ne va cesser d’opposer des vents contraires à la flotte d’Ulysse. Cet épisode et bien d’autres sont au programme du dernier long métrage de Christopher Nolan, dont celui de la magicienne Circé, d’une violence rare, qui interdit ce film aux moins de 12 ans. Mais l’essentiel n’est pas là. L’Odyssée se lit en creux. C’est surtout l’histoire de l’éternel retour, celui d’un homme que rien n’arrêtera dans sa volonté de rejoindre son foyer et sa patrie. Quitte à sacrifier ses hommes, il bravera les dieux. Quitte à assouvir sa vengeance, il massacrera toute la noblesse de son royaume. Le personnage est sombre, tiraillé par des forces antagonistes. S’éloignant d’une narration linéaire, le réalisateur sculpte son récit par flashbacks temporels cheminant ainsi dans l’évolution psychologique du héros grec.
Tourné en IMAX 70 mm, ce film est aussi visuellement un monument dans lequel la prise de vue vous immerge entièrement à l’action. Des effets numériques bien sûr, mais pas que car de très nombreux figurants vont peupler les nombreux plateaux mobilisés en Grèce, en Sicile, au Maroc, en Islande et jusqu’en Ecosse. La bande-son nous plonge au cœur des harmoniques et des mélodies entendues à cette époque-là grâce à des recherches avancées dans le domaine. La distribution est vertigineuse : Matt Damon en Ulysse torturé mais courageux et pragmatique, Anne Hathaway en Pénélope majestueuse, Robert Pattinson hallucinant en Antinoos assoiffé de pouvoir. Mention spéciale pour la Circé de Samantha Morton, pour la beauté presque surnaturelle de la Calypso sculpturale de Charlize Théron. N’oublions pas Lupita Nyong’o, Hélène, pas plus que Zendaya, discrète Athéna. Seul bémol, notre Spiderman préféré, Tom Holland, a un peu de mal avec la jupette de Télémaque. Une broutille dans cet univers où souffle la rage d’une épopée qui balaie tout sur son passage. A voir si possible en IMAX. Mais à voir de toute manière.

