A l’origine de Blur avec le guitariste Graham Coxon puis de Gorillaz avec le dessinateur Jamie Hewlett, Damon Albarn est ce que la pop anglaise a produit de mieux depuis plus de trois décennies. Un livre revient sur une carrière ébouriffante, forte de projets très différents, de l’Angleterre à l’Afrique en passant par l’Inde.

Damon Albam © Benhoudijk
Né en 1968 dans une famille plaçant très haut la culture, Damon Albarn a réussi l’impossible : devenir une star de la pop avec le groupe Blur avant de s’effacer, au moins physiquement, derrière les fantaisies éclatantes de Gorillaz, curieux assemblage de talents divers. Un auteur se faisant appeler « Paul » (mais qui est-ce donc ?) raconte la vie extraordinaire du musicien anglais, épluchant pas à pas sa discographie en s’appuyant sur des extraits d’interviewes publiées dans la presse anglaise et française.
On apprend ainsi que les parents de Damon Albarn étaient artistes et qu’il a grandi dans un foyer « assez libéral », le laissant faire ce qu’il voulait « mais en (lui) inculquant une base morale solide ». C’est au contact de Graham Coxon que l’adolescent d’abord passionné de théâtre se focalise finalement sur la musique. Le duo devenu trio puis quatuor monte plusieurs groupes avant d’imaginer Blur en 1990.

Le triomphe « Parklife »
Les deux premiers albums, « Leisure » (1991) et « Modern life is rubbish » (1993) rencontrent un succès « modeste et décevant. « Parklife » (1994), dans lequel Damon Albarn « raconte la vie quotidienne de manière caricaturale et sarcastique » aura un tout autre écho – mondial. Le tube « Girls & boys » en est la chanson étendard. « Nous voulions qu’elle ressemble à un chant de hooligans de football mais assez kitsch, explique Damon Albarn. Finalement, c’est devenu une chanson de club gay…parce que nous voulions que les hooligans, les chauffeurs de taxi, les grands-mères et un large éventail de gens puissent l’apprécier. »

Les singles et les albums suivants (de « The great espace » en 1995 à « The magic Whip » en 2015) marqueront l’histoire de la pop anglaise dans un affrontement ultramédiatisé avec Oasis. Mais la multiplication des tournées épuisantes finira par avoir raison du groupe.
Merci Clint Eastwood !
C’est ainsi que naît parallèlement Gorillaz en 2000. « Damon et moi étions tous les deux désillusionnés par la scène musicale de l’époque, raconte l’illustrateur Jamie Hewlett, qui a créé le concept esthétique du groupe, planqué derrière des personnages dessinés. On regardait MTV et on se disait : C’est nul. Créons notre propre groupe, mais animé. C’était une façon d’échapper au monde réel et de créer quelque chose de fort. » Mission accomplie dès le printemps 2001 avec la chanson « Clint Eastwood », tube éclatant d’un album qui connaîtra un triomphe inattendu (7 millions d’exemplaires vendus) et permettra à Damon Albarn de « sortir de la cage Britpop » et de « prendre une revanche sur l’industrie musicale ».

En 2005, le disque « Demon days » fera encore mieux, recueillant critiques dithyrambiques et triomphe international. Même impact considérable avec « Plastic beach » en 2010, album concept critiquant, résume l’auteur du livre, « la superficialité et l’aliénation d’un monde dominé par la publicité, les médias et la culture jetable. » Les années passant, la créativité de Gorillaz ne baissera pas en intensité, comme le prouverons le formidable « Cracker island » en 2023 et le tout récent « The mountain », très inspiré par les musiques indiennes. Ce qui n’empêchera pas Damon Albarn et Graham Coxon de remonter Blur en 2023 avec le disque « The ballad of Daren », suivi d’une tournée dont les billets s’arracheront.
Du Bikini à Rio Loco
Blur s’est produit deux fois à Toulouse, en octobre 1993 et en mars 1996, dans l’ancien Bikini situé près de la Garonne, chemin des Etroits. Quant à Gorillaz, il a limité ses tournées aux très grandes villes ou à certains festivals. Damon Albarn a renoué avec la Ville rose, toujours sur les rives du fleuve, dans le cadre d’un de ses autres nombreux projets, l’hommage au batteur nigérian Tony Allen, aux côtés d’une vingtaine d’artistes, marquant sa fascination pour les musiques africaines. C’était sur la Prairie des Filtres, le 14 juin 2023, dans le cadre de Rio Loco devant 20000 spectateurs époustouflés par ce concert hors norme. Trois semaines plus tard, Blur reformé réunissait 150000 fans lors de deux soirs historiques au Wembley Stadium, événement qui a depuis fait l’objet d’un album live.
« Damon Albarn, de Blur à Gorillaz », de Paul (Editions du Layeur/Marque-Pages, 260 pages, 34 euros).

