Plasson le retour : toute la poésie de la musique française
Le Festival de Toulouse s’est ouvert sur un concert historique. Le retour du grand Michel Plasson du haut de ses 93 ans dans La halle aux Grains a mobilisé un vaste public. Cette salle, écrin de l’orchestre du Capitole, a été voulue et inaugurée par Michel Plasson en 1974. Le chef, toulousain d’adoption a dirigé son orchestre durant plus de 34 ans. Il a porté les musiciens à un niveau d’excellence. La discographie immense fait honneur à la musique française et il a enregistré de nombreux disques d’opéras français dont Werther, Faust, Roméo et Juliette et Carmen qui restent des versions de référence. Tugan Sokhiev à sa suite, a développé le répertoire russe et viennois et on attend beaucoup de l’actuel directeur Tarmo Peltokoski.

Ce soir c’est le grand bonheur de retrouvailles avec le public toulousain et un orchestre renouvelé. En grand connaisseur Michel Plasson n’a pas manqué d’entendre les changements et les immanences. Les bois restent la merveille absolue avec un son riche et élégant. Mais depuis les violons ont gagné en richesse et en subtilité et les contrebasses ont gagné en puissance et en précision. Le chef n’a pas manqué de les féliciter personnellement aux saluts.
Il a également offert son bouquet de fleurs à Mélisande Daudet, l’extraordinaire flûte solo. Le concert consacré a de la musique française permet de constater comment cet orchestre et ce chef interprètent ce répertoire si délicat à la perfection.

Le Prélude à l’après midi d’une faune a ouvert le concert avec une poésie extraordinaire dans une subtilité incroyable de la palette de couleurs et de textures diaphanes. Rien que de la poésie et toute la beauté de la nature. Puis avec une suite de Ma mère l’oie de Ravel c’est la magie, le merveilleux et l’humour qui nous subjuguent. Des nuances subtiles et des couleurs irisées nous ont fait fondre. On ne peut rêver plus belle interprétation tant chaque instant est à la fois magique et facile. Avec la suite de Bacchus et Ariane de Roussel c’est tout le théâtre qui s’invite et la danse aussi. La puissance de cette musique exulte sous les doigts magiques de Michel Plasson. Les applaudissements fusent pour cette première partie de concert. Le retour de l’orchestre et du chef va faire se lever le public ravi. Il faut reconnaitre que la 2me suite de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel va être un moment d’anthologie. Tout y est délicat et poétique. Les couleurs sont magnifiques depuis les murmures du réveil de la nature jusqu’à l’exultation festive de la danse générale qui termine dans un fortissimo enthousiasmant. Michel Plasson est un magicien et reste à 93 ans un chef gourmand à la direction expressive. Toute la salle de la Halle-aux-Grains s’est levée pour remercier le maestro. Très ému, heureux le chef a proposé 5 bis dont nous retiendrons une marche hongroise de Berlioz diabolique, une valse triste bouleversante de Sibelius en hommage à Tarmo Peltokoski, une ouverture de Carmen lumineuse et énergique et un fox-trot de Sati très coquin.
Le retour de Michel Plasson a été un très grand moment de partage musical et d’émotions. Il n’y a rien de mieux pour fêter l’arrivée d’un magnifique été de festivals.

Photos : Hubert Stoecklin
CRITIQUE. Concert. TOULOUSE. Halle-aux-Grains, le 2 juillet 2026. Debussy. Ravel. Roussel. Orchestre national du Capitole de Toulouse. MICHEL PLASSON, Direction.
Hubert Stoecklin
