EXPOSITION GERMAINE CHAUMEL À CASTENAU-D’ESTRETEFONDS
jusqu’au 26 septembre 2026
Je vous ai déjà fait part dans cette chronique de mon admiration pour Madame Germaine Chaumel (1895-1982), cette grande Dame si discrète et pourtant pionnière dans son domaine. Dans son travail remarquable de photographe créatrice, elle a précédé Robert Doisneau, Willy Ronis, Yan Dieuzaide ou Lee Miller, ses contemporains.

Jusqu’au 26 septembre 2026 l’opportunité vous est donnée de voir certaines de ses œuvres à une vingtaine de kilomètres de Toulouse à Castelnau-d’Estrétefonds. Cette commune agréable compte 7.000 habitants, et son blason arbore fièrement « le vert de la Nature et le jaune des blés. » Elle est surplombée par son château du XIIe siècle à la belle couleur rose orangée, à l’origine propriété du Comte de Toulouse, et après maintes péripéties, aujourd’hui de Sœurs dominicaines « au service des enfants et des jeunes à vocation éducative ».
Grâce à Mesdames Pilar Martinez-Chaumel qui depuis plusieurs décennies se consacre avec amour et conviction, contre vents et marées, à faire vivre l’œuvre de sa grand-mère, Karine Aldouy-Guiraud, responsable de la Culture et de la Communication, déjà protagoniste d’une exposition à Blgnac, et Madame Sandrine Sigal, Maire, qui a pour ambition de « remettre les Femmes au centre de l’Histoire », avec la complicité de Monsieur Pierre Gastou, chef du service valorisation des Archives municipales de Toulouse (où est conservé le fond Germaine Chaumel), une trentaine de photographies sont visibles par tous; jusqu’aux plus jeunes présents nombreux au vernissage.
Germaine Chaumel (1) nous a transmis une œuvre foisonnante de vie, comme autant de témoignages d’une époque et d’une histoire contemporaine tourmentée. Longtemps méconnue du public, son œuvre révèle pourtant une photographe talentueuse. Reporter photographe, portraitiste, elle a exploré tous les champs d’expérimentation de ce nouveau média en devenant maitresse des nouvelles innovations techniques.

Elle a posé son objectif sur toute une époque: Toulouse au quotidien comme Jean Dieuzaide (-qu’elle parrainé au sein du Cercle photographique des XII qu’elle avait créé)-, une génération plus tard, au bord des stades pour fixer les mouvements des sportifs, dans la rue, pour enluminer la beauté des Femmes et des artistes, à l’Hospice de France et dans les camps de réfugiés espagnols pour témoigner, à la Libération et même sous le manteau pendant l’Occupation…
Avec son regard perçant et ses cadrages parfaits, avec son noir et blanc incandescent, elle excellait à mettre à nu des émotions. Profondément humaniste, Germaine Chaumel était déjà une femme d’aujourd’hui et nous a transmis une œuvre foisonnante de vie, comme autant de témoignages d’une époque et d’une histoire tourmentée. Et dans chacune de ses photographies on sent toujours sa profonde empathie pour les gens, en particulier les plus simples; même si elle a aussi « tiré le portrait » de célébrités comme Saliège ou De Gaulle, des Résistants ou des Gardes mobiles.

Mais elle s’est toujours refusée à photographier la mort contrairement à Lee Miller.
Et elle a posé un regard attendri sur l’enfance:il est tout à fait légitime qu’une crèche toulousaine porte son nom. Sur l’affiche bien choisie, le bébé de la Tzigane montreuse d’ours « avait peur de l’appareil photo mais pas de l’animal. »

C’est tout naturellement que Germaine Chaumel a trouvé sa place sur les murs de la médiathèque Rémy Peyranne (1), vaisseau amiral de la Culture à Castelnau d’Estrétefonds, lieu ouvert à tous, pour lire et découvrir le monde (vous pouvez y emprunter livres, CD, DVD, jeux de société…). Un lieu d’échange avec des spectacles, des projections de films, des ateliers et des animations tout au long de l’année. Quant à la Salle des Mariages dans ses habits blancs, c’est un écrin lumineux pour elle.
Il faut prendre le temps de s’arrêter devant chaque image: derrière chacune d’elles se cache une histoire humaine, pas seulement un document historique.
Personnellement, mon attention a été attirée par la marchande de violettes de Toulouse dans son kiosque et les petits rats du Ballet du Capitole que je n’avais pas encore vu.
Mais aussi par trois photos de l’époque du Front Populaire (2), dont il convient de se souvenir en cette période de son 90e anniversaire. Je pense en particulier à personnalités visionnaires comme Albert Bedouce (célèbre Maire socialiste de Toulouse) ou Jean Zay (3) qui a démocratisé et modernisé le système scolaire français et favorisé l’accès de tous à la Culture; sans oublier Léon Blum bien sûr.

Ils sont venus nombreux tous âges confondus, y compris des enfants très jeunes (comme ceux que Joséphine Baker, ici présente en photo sur un marché toulousain, appelait « sa tribu arc en ciel symbole de tolérance et de fraternité universelle »). Il y avait même une petite fille très attentive, assisse à califourchon sur le dossier d’un fauteuil, que Germaine Chaumel aurait sans doute « croquée » avec son Rolleiflex.
Le public a suivi avec grand intérêt les présentations éclairées de sa petite-fille.
Celle-ci nous a par ailleurs fait ressentir toute sa tendresse et sa reconnaissance pour cette grand-mère extraordinaire, très observatrice, curieuse de tout dans le monde qui l’entourait, mais très modeste, secrète et parlant peu d’elle-même.
Des membres du Conseil municipal des Jeunes, dont certains fièrement ceint.e.s de leurs écharpes tricolores, étaient présents; plus tard dans la suite de l’exposition Salle des Mariages, ils nous ont fait part de leur ressenti avec leurs mots, étonnamment justes et murs, en ces temps de simplification à outrance. Cela aurait certainement ému Germaine Chaumel qui savait qu’« il faut aussi résister à l’air du temps: mal nommer les choses c’est ajouter au malheur de ce monde » comme disait Albert Camus.
A la demande de l’un de ces jeunes, Monsieur Gastou a annoncé que des œuvres de l’artiste seront visibles en ligne à partir de l’été 2027 sur le site des Archives municipales de la Ville de Toulouse, qui organiseront par ailleurs une exposition sur le Cercle photographique des XII.
Encore une fois, je remarque que les photographies de Germaine Chaumel ont cessé d’être une simple reproduction du réel et nous donnent à voir avec dignité des choses et des êtres qui n’existent plus.
Et je me rappelle Guillaume Apollinaire (1880-1918), fasciné par la Photographie qui est l’ombre Du Soleil De sa beauté Comme une mélopée.

Pour en savoir plus :
1) Germaine Chaumel https://www.germaine-chaumel.fr/
2) Médiathèque Rémy Peyranne – 4 Grande rue – 31620 Castelnau d’Estrétefonds
3) Le Front Populaire (1935-1938) a introduit en France de nombreuses réformes historiques, notamment en matière économique et sociale: les congés payés, la réduction du temps de travail avec la semaine de quarante heures et l’établissement des conventions collectives etc. etc.
4) Jean Zay (1904-1944). Figurent parmi ses actions de pour la Culture: la réforme des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale, les bibliobus, le développement du théâtre populaire, l’exposition universelle de 1937, la création du premier Festival de Cannes prévu en 1939 pour contrer la Mostra fasciste de Venise… Il a été assassiné le 20 juin 1944 par la Milice.
Médiathèque Rémy Peyranne • Castelnau d’Estrétefonds


