« On peut tomber amoureuse d’un lieu comme on chute en amour d’une personne.
Voici le sentiment que je nourris pour l’ancien Hôpital Public de la ville de Lectoure.
Voici ce qui a construit mon travail photographique au long de multiples visites solitaires. »
C’est par ces mots qu’Eva Kristina Mindszenti débute la présentation de sa prochaine exposition photographique, Hôpital Public – Visites Privées, à la Galerie T-Trait d’Union à Montferran- Savès. Intrigués, nous l’avons rencontrée pour en savoir plus.

Eva Kristina Mindszenti
Vous avez documenté l’ancien hôpital de Lectoure durant plusieurs années. Pourquoi vous êtes-vous investie dans ce projet ?
Probablement par ce que Kandinsky nommait la nécessité intérieure. Capturer ce lieu est devenu, dès ma première visite, un impératif. Pourtant, cette première fois, je n’étais pas venue pour ça. Je me baladais dans la cour où sont installés de nombreux brocanteurs. J’ai vu une porte, j’ai actionné la poignée et elle s’est ouverte. Elle menait au cœur de l’hôpital désaffecté. J’ai été saisie par ce lieu hautement fantasmagorique.
Je n’avais jamais pensé exposer un jour de la photographie documentaire. Je suis une artiste plasticienne. Je pratique la photographie, mais aussi l’encre de Chine et la linogravure, et toutes ces techniques me servent à représenter des paysages intérieurs. Dans les premiers temps, je comptais photographier l’hôpital uniquement pour moi-même, pour garder sa trace. Puis, petit à petit, s’est dessiné l’impératif de porter ce lieu à un public. Appelons-ça une mission. Ou un hommage. Ou les deux. Aujourd’hui, ces photographies sont elles aussi devenues, pour moi, des paysages intérieurs.

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Qu’est-ce que l’hôpital de Lectoure a de si particulier ?
Il y a, évidemment, derrière cet intérêt, des raisons personnelles et sentimentales. J’ai été pensionnaire à Lectoure, j’ai grandi en le voyant chaque jour.
Mais au-delà de cela, sa symbolique doit tous nous questionner.
Avant d’être hôpital, il fut château des Comtes d’Armagnac. Doté de pierres de taille, d’une chapelle classée, de vitraux et de fenêtres monumentales, il est d’une beauté éblouissante. C’est un héritage historique et culturel unique qui s’effrite peu à peu.
Une fois devenu hôpital, il a été fermé, non pas par manque de compétence et d’utilité, mais pour de simples raisons économiques.
Cela pose donc une question : si nous laissons s’effriter les jalons de notre Histoire partagée, si les couloirs de nos lieux de solidarité ne résonnent plus que de pas solitaires lors de visites privées : que cela dit-il de nous en tant que Société ?

Tous les patients apprécient la chambre 116
Ces photos si particulières pour vous même, vous les exposez pour la première fois à la Galerie T – Trait d’Union de Béatrice Matet, à Monteferran-Savès.
J’ai fait la connaissance de Béatrice à travers ses œuvres photographiques. C’est une merveilleuse photographe. Il y a quelques années, elle a décidé d’ouvrir une galerie d’art dans sa maison d’enfance. Je ne sais pas si les gens réalisent ce que ça signifie. On rencontre des artistes collectionneurs, qui achètent les œuvres de leurs confrères par amour de l’art. J’appartiens à cette catégorie. Mais une artiste qui ouvre une galerie par amour des autres artistes, c’est rarissime. Le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense à elle, c’est générosité. Elle vous invite les bras ouverts, se montre toujours disponible. Ses vernissages sont parmi les plus beaux auxquels j’ai pu me rendre. Si vous réfléchissez, vous réalisez que sa personnalité résonne totalement avec l’âme de l’hôpital de Lectoure. Je n’aurais pas pu imaginer meilleur endroit pour présenter cette exposition pour la première fois.
Pourriez-vous nous dire en une phrase ce à quoi vos visiteurs peuvent s’attendre ?
La sublime lumière de Lomagne nimbant un lieu endormi sur la beauté de ce qu’il fut et peut encore redevenir.
Question inévitable : pensez-vous qu’il y ait des fantômes à l’hôpital de Lectoure ?
Réponse raisonnable : je n’en serais pas étonnée.

Nous pratiquons aussi la balnéothérapie
Exposition Hôpital Public – Visites Privées
à la Galerie T – Trait d’Union
1 rue de Gascogne • 32490 Montferra-Savès
du 18 au 31 juillet
vernissage le 18 juillet à partir de 18 heures


