Le photographe Jean Dieuzaide est à l’honneur dans trois expositions cet été, à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, et à Nay, jolie bastide située dans le Béarn, au cœur des Pyrénées-Atlantiques. On y célèbre l’essor de l’industrie après la Seconde Guerre mondiale et la beauté sensuelle du brai, surprenant résidu du charbon.

A Nay, une belle exposition sur l’homme au travail et l’essor économique. Photo MD
L’œuvre de Jean Dieuzaide (1921- 2003) continue d’être défendue avec fougue par son fils Michel. Sa détermination lui a permis de créer le LieuZaide à Saint-Gaudens, que nous avons largement évoqué ici. Le site, tout proche de la cathédrale, propose durant tout l’été des « Grands formats » résumant l’incroyable variété du travail du photographe toulousain.
A Nay, petite ville du Béarn, ce sont deux aspects spécifiques de l’œuvre de Jean Dieuzaide qui sont mis en avant. La Maison carrée propose un regard aigu sur l’essor industriel dans la région sous le titre « Les temps modernes », la photo la plus connue étant un clin d’œil au chef-d’œuvre de Charlie Chaplin. Y est présenté un ensemble de photographies consacré à l’industrie, à ce « vent de modernité » que documente le reporter en « observateur éclairé ». Plus de 60 tirages photographiques originaux « constituent un témoignage de premier ordre sur les transformations profondes d’une époque : l’essor économique de l’après-guerre, l’avènement de la modernité technologique, et le passage d’une France rurale vers une société industrialisée ».
Un « regard audacieux »
Et les organisateurs de poursuivre : « En posant un regard audacieux sur une société en pleine mutation, Jean Dieuzaide joue avec les formes de l’architecture industrielle. De la géométrie austère d’un four de cracking aux lignes pures du Concorde, avec une grande rigueur formelle, le photographe nous présente la machine au rang de sujet artistique. »

Le brai, série mythique de Jean Dieuzaide. Photo MD
Une deuxième exposition de Jean Dieuzaide est programmée tout l’été à Nay, cette fois-ci consacrée au brai, ce résidu de la houille dont l’artiste découvrit par hasard, à Carmaux, les sortilèges esthétiques et sensuels. Il racontait ainsi, plus lyrique que jamais, ses impressions ressenties en 1958 : « Ce sous-produit de la houille dont on extrait la glycérine a tiré sur moi à boulets rouges, et le goudron, et l’asphalte, et le bitume, au parfum âcre, ont collé à ma chair jusqu’à m’en rendre fou. Un autre moi-même se débattait dans ces quelques carrés de glu. Un malaise démoniaque serrait ma gorge, provoquait mes sens, et m’incitait, en me précipitant, dans cette ronde infernale, à photographier avec un plaisir malin, ici, là, et déjà plus loin, de peur de ne plus avoir le temps de saisir cet insolite. » Rarement montrée, la série du brai avait fait l’objet de deux expositions à Toulouse : en 2012 à la galerie Whart, en 2021 à la galerie Barrès.
Exposition « Les temps modernes », jusqu’au 17 octobre à la Maison carrée (place de la République), Nay. Entrée : 5 euros. Tél.05 59 13 99 65. Et « Mon aventure avec le Brai », jusqu’au 20 septembre, à la minoterie de Nay.

