Ce 2 juillet 2026 reste un événement historique ! Ce jour-là, Michel Plasson retrouve l’Orchestre national du Capitole de Toulouse qu’il a dirigé et façonné durant trente-cinq années à partir de 1968. Artisan d’un son et d’une couleur orchestrale uniques au service de la musique française, il a laissé avec cette formation symphonique des traces profondes dans les mémoires des mélomanes. Mais aussi plus d’une centaine d’enregistrements discographiques qui sont aujourd’hui des références absolues !

Michel Plasson accueilli par une ovation debout – Photo Romain Alcaraz
Pour la première fois depuis 2003, Michel Plasson revient donc diriger l’Orchestre national du Capitole, à la Halle aux grains, dont il a fait l’écrin de l’orchestre à partir de 1974. À l’occasion de ce concert exceptionnel, organisé dans le cadre de la 5ème édition du Festival de Toulouse, Michel Plasson renoue avec la ville qui l’a adopté et à laquelle il rend hommage.
Cette soirée du 2 juin s’ouvre sur la double intervention de Claire Roserot de Melin, Directrice générale de l’Etablissement public du Capitole, et Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole qui insiste sur la contribution de Michel Plasson à la désignation par l’UNESCO de la ville rose comme « Ville des musiques ».
L’arrivée sur scène de Michel Plasson déclenche une impressionnante ovation debout de toute la Halle aux Grains, pleine à craquer. De telles manifestations de joie et de remerciements ne cesseront jamais tout au long de la soirée.
Si l’âge avancé du grand chef se traduit par une démarche « prudente », on remarque que son assurance ne cesse de progresser tout au long de la soirée. Comme si la musique et le contact avec le public nourrissait en lui une énergie nouvelle !

Michel Plasson – Photo Romain Alcaraz
Sans surprise, le programme de ce concert est consacré à la musique française dont Michel Plasson a coutume de dire que c’est « une musique tellement fragile qu’il faut l’aimer et la prendre dans ses bras ! ».
La première œuvre n’est autre que le très fameux Prélude à l’après-midi d’un faune composé par Claude Debussy d’après le poème L’Après-midi d’un faune de Stéphane Mallarmé. Le solo de flûte qui ouvre l’œuvre, est admirablement phrasé par Mélisande Daudet. Ce prénom de la musicienne la prédestine à jouer du Debussy ! Sous la direction intense du chef, la poésie se fait musique, ou l’inverse. Le succès est immédiat. Michel Plasson tient à remercier un à un les solistes qui animent la partition : la flûte tout d’abord, mais aussi le hautbois, le cor, la clarinette, le basson, la harpe, le violon… qui mêlent leurs commentaires musicaux comme dans un dialogue sensible.
Maurice Ravel, avec sa suite Ma mère l’Oye, prolonge cette atmosphère magique. Outre l’intimité qui se dégage de cette exécution raffinée et colorée ainsi que la tendresse du monde de l’enfance, le soin du détail ne masque rien de la ligne générale de chaque épisode. Le crescendo final donne le frisson !
Avec la Suite n° 2 de Bacchus et Ariane, d’Albert Roussel, le style et le caractère changent profondément. Le chef insuffle à l’œuvre une vigueur, un dynamisme et même un héroïsme étincelants. Là encore les couleurs orchestrales flamboient jusqu’à ce Couronnement d’Ariane dont le tutti final pousse Michel Plasson à se lever et brandir un poing conquérant !
Le somptueuse Suite n° 2 du ballet Daphnis et Chloé, de Maurice Ravel, conclut (provisoirement…) le programme de cette soirée mémorable. Le frémissement du Lever du jour, avec ses évocations d’éveil de la nature, avec ce crescendo solaire offre une fois encore à la flûte un solo de légende. Mélisande Daudet en souligne les détails et la ligne mélodique avec un talent de grande musicienne. La Danse générale conclut cette séquence sur une irrésistible bacchanale que le chef conduit avec un enthousiasme communicatif.

Michel Plasson – Photo Classictoulouse
Ovationné debout par un public ébloui, Michel Plasson prend un fois encore la parole pour avouer son amour de la Ville rose. Il déclare : « Je ne peux pas partir ! » Il propose donc tout d’abord deux bis, puis trois et ce seront finalement cinq bis qui complèteront un programme musical particulièrement généreux.
Hector Berlioz fournit le premier bis, une Marche hongroise, extraite de La Damnation de Faust, menée avec fougue et passion.
Le chef s’adresse encore au public pour évoquer le nouveau directeur musical de l’Orchestre, Tarmo Peltokoski, et ses racines nordiques. En un très beau geste de sa part, il dirige alors la fameuse Valse triste du grand compositeur finlandais Jean Sibelius. Ce sera la seule pièce non française de la soirée !
Le retour vers le répertoire national est l’occasion d’offrir au public une belle surprise. Quelques musiciens de l’orchestre quittent leur pupitre pour laisser la place à une douzaine d’ »anciens » des « années Plasson » ! L’ouverture de Carmen, actuellement à l’affiche de l’Opéra national du Capitole, rassemble alors les deux générations.
Comme le chef avoue toujours ne pas pouvoir partir, deux bis supplémentaires complètent encore cette grande soirée. L’émouvant Adagietto extrait de la Suite de L’Arlésienne, de Georges Bizet, précède la fantaisie savoureuse d’Erik Satie intitulée Le Piccadilly.

Michel Plasson félicitant la flûtiste Mélisande Daudet – Photo Classictoulouse
Enfin, autre geste de générosité, Michel Plasson transmets à la très active flûtiste de la soirée le beau bouquet de fleurs qui lui est tout d’abord offert par les musiciens.
Un autre beau geste pour mettre un point provisoirement final à ces émouvantes retrouvailles qui resteront, n’en doutons pas, dans les annales de l’Orchestre !
Serge Chauzy
une chronique de ClassicToulouse


