Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Papa est en voyage d’affaires d’Emir Kusturica
Deuxième film d’Emir Kusturica après Te souviens-tu de Dolly Bell ? (Lion d’or de la première œuvre à la Mostra de Venise en 1981), Papa est en voyage d’affaires obtient la Palme d’or à Cannes en 1985. Le jeune cinéaste yougoslave décrochera, quatre ans plus tard sur la croisette, le prix de la mise en scène pour Le Temps des Gitans puis une seconde Palme d’or pour Underground en 1995. A cette époque, son pays s’est enfoncé dans une guerre sanglante sur fond de revendications nationalistes et ethnico-religieuses, mais au moment de Papa est en voyage d’affaires, la Yougoslavie sort de l’ère titiste (le maréchal Tito, au pouvoir depuis 1945, est mort en 1980) et le régime communiste s’est libéralisé. C’est d’ailleurs ce qui permet au film de Kusturica de porter un regard critique sur la Yougoslavie de Tito.

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Sarajevo, dans les années 1950, Mehmed, homme marié mais volage, entretient une relation adultérine avec une jeune femme qui va finalement se réfugier dans les bras du beau-frère de son amant. A celui-ci, elle rapporte des propos moqueurs que Mehmed a tenus envers Karl Marx. Dénoncé par son beau-frère, Mehmed est envoyé en camp de travail dans des mines, mais à son jeune fils Malik, la mère dit simplement que « papa est en voyages d’affaires ».
Entre tragédie et comédie
Entre le drame familial et la chronique douce-amère, le film mêle destinées individuelles et histoire collective. Les événements sont vus à hauteur d’enfant avec la naïveté (plus ou moins fausse) et la tentation de fuir le réel que cet âge implique. Si la délation et la propagande sont au cœur d’une société où le pouvoir s’immisce dans l’intimité même des êtres, le ton adopté par Kusturica ne se veut pas pamphlétaire et porte un regard empreint d’humanité sur les personnages.

Par ailleurs, on trouve dans Papa est en voyage d’affaires les motifs et les thèmes des œuvres à venir (la famille, l’eau, les trains, les mariages, la musique…) que le cinéaste déploiera de façon plus spectaculaire et lyrique. L’influence du Fellini de La Strada est ici assez évidente, notamment dans le mélange de tragédie et de comédie, de naturalisme et de poésie. Quant à l’interprète principal, Miki Manojlović, il tournera à quatre autres reprises avec Emir Kusturica tout en menant une carrière internationale.








































































































































































































































