Un livre pour le week-end : Les Hanches de Laetitia d’Eric Neuhoff
Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Les Hanches de Laetitia, prix Roger Nimier 1990, plonge le lecteur dans le Toulouse du milieu des années 1970. Le narrateur, Antoine, a vingt ans : « Bienvenue dans la khâgne du lycée Pierre-de-Fermat. Je m’y étais inscrit pour imiter Jean d’Ormesson et parce que j’avais lu Notre avant-guerre. » « Pierre-de-Fermat n’est pas Louis-le-Grand. Pendant quinze ans, pas un seul reçu à Normale. Ça n’est pas avec moi que la tendance va s’inverser », précise-t-il. Ses ambitions sont autres : devenir critique de cinéma, écrire des romans. En attendant, il passe son temps avec Patrick, Xavier, Véronique, Florence et Laetitia. Laetitia Hèze habite grande-rue Nazareth, étudie l’histoire de l’art, expose ses photos à la galerie du Château d’Eau. « A Toulouse, être amoureux d’elle est un sport assez répandu », annonce notre héros. Il ne va pas échapper à la tendance.

Eric Neuhoff © Denis Félix / Albin Michel
Chronique douce-amère d’une jeunesse provinciale, Les Hanches de Laetitia retrace les pérégrinations de cousins hexagonaux des Vitelloni de Fellini. Ils prennent leur petit déjeuner au buffet de la gare Matabiau ou au Père Léon, boivent des bières à L’Etincelle, rue Bayard. En face, on aperçoit les rotatives de La Dépêche à travers les soupiraux. « Le Wimpy de la place du Capitole sent le graillon et la bière éventée », mais chaque table possède son mini-juke-box. « Les kirs du Matin sont les meilleurs de la ville », tranche Antoine. La nuit, la petite bande rejoint l’Ubu.
Ce que nous avons eu de meilleur
Tout cela ne va pas sans ennui, ni routine. Antoine et ses amis se sentent parfois comme des poissons dans un bocal : « J’en ai marre de cette ville. Toulouse m’emmerde. Il n’y a que des cons. » « Dans Elle, on dit que les plus belles filles de France sont les Toulousaines. J’aimerais tenir la pétasse qui a écrit ça. Qu’est-ce que ça doit être dans les autres villes ? Les journalistes écrivent vraiment n’importe quoi. Toulouse ! », s’emporte-t-il. Il ne faut pas prendre ce dépit au sérieux.
Bien sûr, Antoine, Xavier, Patrick et les autres ne sauront que bien plus tard que ces années-là étaient peut-être ce qu’ils avaient eu de meilleur. Il y a déjà dans Les Hanches de Laetitia ce qui fera le style Neuhoff : une légèreté masquant des fêlures, une nostalgie chargée de références, le goût de rire de tout avant qu’il ne soit trop tard, une élégance de survivant. On ne s’en lasse pas.
Les Hanches de Laetitia • Albin Michel


