Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
La Strada de Federico Fellini
Lorsque Federico Fellini réalise La Strada en 1954, il est à mi-chemin entre la veine néoréaliste de ses débuts et les grandes œuvres à venir – comme La dolce vita et Huit et demi – qui planteront son univers. On y découvre dans l’Italie rurale de l’immédiate après-guerre une jeune fille, Gelsomina, innocente dans tous les sens du terme, que sa mère confie contre 10 000 lires à Zampano, un forain ambulant. Ce tandem improbable prend alors la route à bord d’une moto et d’une cariole pour présenter différents numéros. La fragile Gelsomina se plie aux volontés du fruste Zampano, porté sur la bouteille, jusqu’à ce qu’elle rencontre « le Fou », un acrobate officiant dans un cirque, qui pourrait lui offrir une échappatoire. Mais son violent mentor garde sous sa coupe cette victime consentante…

Hommage au monde forain et au cirque (thème qui deviendra un fil rouge dans la filmographie de Fellini), La Strada est un mélodrame classique traversé de quelques scènes de comédie. A une dimension parfois proche du documentaire, le film allie une approche poétique et un art de la digression qui prennent la forme d’un conte initiatique s’émancipant des conventions.
Inoubliable Giulietta Masina
Outre la composition d’Anthony Quinn dans le rôle de Zampano, c’est véritablement celle de Giulietta Masina (épouse de Fellini) dans celui de Gelsomina qui confère à La Strada son caractère inoubliable. Outre la grâce et l’humour qu’elle dégage dans des numéros de cirque où son allure et son jeu s’inspirent directement de Charlie Chaplin / Charlot, la comédienne déploie une palette de sentiments et d’expressions, confère au destin balloté de son personnage une aura inoubliable. Le superbe noir et blanc transforme son visage en une sorte de tableau aux multiples nuances.

Dès sa sortie, le film est acclamé et devient un classique en temps réel. Un Lion d’argent au festival de Venise et l’Oscar du meilleur film étranger le couronnent. Sans être l’œuvre la plus aboutie du génial cinéaste, La Strada marque une étape décisive dans le parcours de l’artiste et, par là même, une date dans l’histoire du cinéma dont l’influence sera décisive, notamment chez Emir Kusturica.
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