Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Conversation secrète de Francis Ford Coppola
Première Palme d’or obtenue par Francis Ford Coppola en 1974, cinq ans avant celle pour Apocalypse Now, Conversation secrète – réalisé et tourné entre les deux premiers volets du Parrain – s’inscrit dans la vague des thrillers paranoïaques de l’époque à l’instar d’A cause d’un assassinat (1974) d’Alan J. Pakula, Les Trois Jours du Condor (1975) de Sydney Pollack ou Les Hommes du Président (1976) du même Pakula. Bien qu’étant en écho direct avec le scandale du Watergate et ses écoutes illégales, le film de Coppola (également scénariste) est un projet ancien et sa matrice est plutôt à chercher du côté de Blow-Up de Michelangelo Antonioni dont il réinterprète certains motifs.

A San Francisco, Harry Caul est un professionnel réputé des écoutes. Avec son équipe, il enregistre ainsi les conversations privées et son dernier contrat concerne un homme et une femme travaillant dans la même firme. Derrière des propos apparemment anodins, Caul croit comprendre que la vie du couple serait en danger. Ne connaissant pas le réel commanditaire des écoutes, il hésite à les remettre à son second. Ne risque-t-il pas de devenir le complice d’un crime ?
Société de surveillance
Dès sa scène d’ouverture et sa musique jazzy, Conversation secrète impose sa signature. On comprend vite que nous serons ici plus dans le registre du film d’auteur européen que dans celui du thriller hollywoodien. Le refus du spectaculaire et une lenteur assumée accompagneront le cas de conscience – et de foi car il est croyant – du personnage principal écartelé entre sa mission, le sentiment de culpabilité et les exigences de plus en plus menaçantes de son commanditaire.

Un pouvoir anonyme semble régner derrière les façades d’immeubles en verre et dans des lieux aseptisés, symboles d’une modernité au cœur de laquelle s’instaure une société de surveillance. Manière de fable sur les apparences et la manipulation, Conversation secrète est porté par l’interprétation de Gene Hackman, devenu une star grâce à French Connection (1971) de William Friedkin et L’Epouvantail (1973) de Jerry Schatzberg, également Palme d’or à Cannes. A ses côtés, on retrouve l’excellent John Cazale, le jeune Harrison Ford ou Frederic Forrest. Quant à Gene Hackman, il incarnera en 1998 dans Ennemi d’Etat de Tony Scott – autre thriller sur la surveillance généralisée à l’ère de la NSA toute puissante – un personnage qui est une sorte de prolongement de celui d’Harry Caul.
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