Les Caprices de l’Enfant Roi un film de Michel Leclerc
Nous sommes tombés sous le charme de son dernier opus : Le Mélange des genres, servi par un duo étourdissant : Benjamin Lavernhe et Léa Drucker. Michel Leclerc s’aventure à présent dans la reconstitution historique et plus particulièrement le film de cape et d’épée version comédie, genre illustré, et de quelle manière, au siècle dernier par Philippe de Broca, Gérard Oury et Jean-Paul Rappeneau. C’est dire la concurrence. Et pourtant…

Entourant le futur Louis XIV (Niels Hamel-Brochen), Nemo Schiffman (Molière), Artus (Cyrano) et Julia Piaton (Madeleine) – © Michael Crotto
Le scénario, diaboliquement astucieux, va mettre en action Cyrano de Bergerac, Molière, Madeleine Béjart et D’Artagnan. Tout ce petit monde, historiquement, aurait parfaitement pu se croiser. Par la magie de la fiction, ils vont avoir pour responsabilité de mettre à l’abri rien moins que le futur Louis XIV, âgé alors de 13 ans. Ah oui, précision, l’histoire se déroule durant La Fronde, une révolte qui ensanglanta la France entre 1648 et 1653. La mère du futur roi, le régente Anne d’Autriche, craignant pour la vie du fiston, le confie à D’Artagnan. Courageux mais pas téméraire, le fameux mousquetaire a tôt fait de le remettre entre les mains d’un écrivain un rien marginal vivant à la campagne : Savinien de Cyrano de Bergerac. Comprenant rapidement que la vie du gamin ne tient qu’à un fil, ce dernier le prend sous son bras, quitte son antre et se met dans les pas de ce qui deviendra l’Illustre Théâtre, une compagnie de comédiens itinérante tenue par Madeleine Béjart et Molière. Avouez que le pitch est jubilatoire, non ?
Certes le réalisateur annonce en liminaire que c’est une histoire absolument vraie, sauf pour les historiens. Qu’à cela ne tienne, plutôt que de développer une thèse de troisième cycle sur ces temps agités, Michel Leclerc prend le parti de la légèreté pour aborder au passage des sujets autant politiques que de société, avec un clin d’œil au couple Macron à hurler de rire. Entre livre d’Histoire, romance, action, suspense, chemin initiatique et place de la femme dans la société d’alors, sans oublier la tyrannie des puissants et la dictature royale, les sillons creusés sont nombreux et un terrain de jeu extraordinaire pour une poignée de comédiens au mieux de leur talent : Artus, génial en Cyrano complexe, aussi sentimental que brutal, Julia Piaton, étourdissante Madeleine, d’une beauté solaire renversante, Franck Dubosc, auquel il revient de tracer le portrait d’un D’Artagnan s’appliquant à inventer sa propre légende, Nemo Schiffman, Molière lumineux et trépidant, inventant la comédie du futur. Si l’on peut être moins convaincu par le jeune Niels Hamel-Brochen (louis XIV enfant) et par Doria Tillier, Anne d’Autriche sans grand relief, le film n’en demeure pas moins, grâce à un montage nerveux et à son rythme, son ton et les thèmes abordés sans lourdeur, un merveilleux divertissement estival.

