C’est la quarante-septième édition de ce Festival, Piano aux Jacobins. S’il s’est imposé dans le Midi toulousain très rapidement, tout aussi vite est-il devenu comme le rendez-vous incontournable du monde pianistique et ce, bien au-delà de nos frontières. Il est LE Festival qui compte, toujours dans ce cadre si prestigieux du Cloître des Jacobins.

Cloitre des Jacobins © Axel Arno
Il n’a pas attendu aujourd’hui pour afficher sa forte identité, il la conforte une fois de plus, par cette nouvelle édition, en rassemblant un éventail de jeunes talents en devenir, autour d’artistes que le talent a déjà placés au faîte de leur carrière, les Pierre-Laurent Aimard, Jonathan Biss, Jean-François Heisser, mais moins nombreux peut-être que les années précédentes.
Il est vrai que les pianistes viennent maintenant d’horizons si divers, du Canada à la Malaisie en passant par Saint-Pétersbourg que, se limiter à quinze noms devient un challenge bien délicat. Mais, peu importe, talents affirmés ou en devenir, chaque date est à marquer… d’une brique rouge !
Piano aux Jacobins ose, innove et sait prendre des risques pour que le génie de la musique s’exprime. Le Cloître des Jacobins reste le lieu principal. Une seule date, le mardi 22 pour une performance qui aura lieu à l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines. Elle est imaginée par Pierre Rigal pour le spectaculaire danseur de hip-hop Bboy, Brice Mvie, et Constant Després, jeune toulousain, valeur montante dans le domaine pianistique. « Pianip-Pianop » met en scène la rencontre de deux tempéraments solaires. Un concert dansé, joyeux et électrisant en perspective.

Pierre Rigal / Brice Mvie / Constant Després © Stéphane Despres
Ouverture du Festival le mardi 8, concert diffusé en direct sur France Musique, avec Javier Perianes, une figure du piano ibérique qui se fait une joie de mettre à son programme des pièces de de Falla et Albeniz, sans oublier Chopin sûrement en souvenir de son hiver passé à Majorque !

Javier Perianes © Marco Borggreve
Le 9 septembre, la pianiste malaisienne Magdalene Ho, lauréate du Concours Clara Haskil en 2023, fait ses débuts au festival avec un programme Haendel-Satie-Liszt-Beethoven-Schumann.
Suivra le jeudi 10 un récital où l’on pourra entendre une Sonate de Ahmet Adnan Saygun, compositeur turc du XXe siècle, dans le programme de la jeune turque İlyun Bürkev (née en 2008), formée au Conservatoire d’Istanbul puis à la Mozarteum de Salzbourg, dans un riche programme où l’on retrouve Bach, Beethoven, Debussy, Schumann, Liszt et, autres rarities, les Danzas argentinas de Ginastera.

İlyun Bürkev © Handan Ustaer Bulam
Vadym Kholodenko, médaille d’or du Van Cliburn, clôt la première semaine le vendredi11 septembre avec la redoutable Sonate Hammerklavier de Beethoven. D’ailleurs, tout le récital est à ce niveau de difficultés puisqu’on note aussi, de Liszt, les Études d’après Paganini et encore trois Préludes de Boris Lyatoshinsky, le plus grand compositeur ukrainien, très éclectique, décédé en 1968.
Répertoires peu fréquentés et compositeurs peu connus, c’est aussi un point fort du Festival. Remarquons ainsi : le mardi 15, Pierre-Laurent Aimard qui rendra hommage pour son centenaire à un compositeur, disons contemporain, Kurtag, né en 1926, programme qu’il partage avec Jean-Sébastien Bach et quelques Préludes et Fugues.

Pierre-Laurent Aimard © Marco Borggreve
Le jeudi 17, la pianiste tchèque Anna Petrova-Foster qui interprètera des œuvres de son compatriote Jan Václav Hugo Voříšek (1791-1825), et pour faire la balance une Sonate de Schubert, la D 845.
Le lendemain, vendredi 18, les compositrices, cinq, seront à l’honneur au cœur du récital de la canadienne Élisabeth Pion, donné en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane. Elles sont accompagnées de pièces de Chopin-Études et Ravel-Miroirs.
De ces générations mêlées et de ces musiques, tout autant, classique, contemporaine, baroque, le jazz est bien là, aussi. Pour l’illustrer, nous aurons, un habitué, Paul Lay, Carte blanche toujours comme à chacune de ses venues au Festival depuis 2011. C’est pour le lundi 14. Retour aussi au Festival pour une deuxième de Karla Martinez qui n’oubliera pas de nous plonger dans les rythmes de sa Havane natale. On prend date le samedi 26 septembre.

Karla Martinez © Ana Hernández
Le jeudi 24, le Cloître accueille un “poulain“ de Maria João Pires, Ignasi Cambra. Faisant fi de sa cécité, le pianiste barcelonais vous dira : « Les gens trouvent toujours incroyable que je joue de mémoire, alors que tous les pianistes, voyants ou non, jouent de mémoire. La différence, c’est qu’ils apprennent peut-être la partition en la lisant d’abord, mais ils doivent quand même la mémoriser. » Il a mis à son programme l’immense D 859 de Franz Schubert, comme un défi.
Le lendemain, soit le vendredi 25, ce sera Nicolas Stavy, pianiste au large répertoire de Bach à Ligeti, prix spécial du Concours Chopin, qui est intervenu dans le film Le Pianiste, et qui nous présente des pages enthousiasmantes de Liszt, comme d’Alfred Schnittke, compositeur soviétique majeur de la génération post-Chostakovitch ou la Chaconne pour la main gauche de Bach revue par Brahms.

Nicolas Stavy ©Jean-Baptiste Millot
Encore un programme éclectique, très dense, pour titiller nos tympans, celui de Nabeel Hayek le lundi 28, pianiste ayant obtenu le 1er Prix du Concours José Iturbi à Valence en 2025. Il fait ses débuts français aux Jacobins avec un récital singulier qui nous mène de Beethoven à Olivier Messiaen en passant par Bach, revu par Busoni, Liszt, Scriabine et des extraits d’Iberia d’Albeniz.

Nabeel Hayek © Aaron J. Derwin
Et la densité se poursuit le lendemain mardi 29 avec un fidèle au Festival, le pianiste américain Jonathan Biss, doté déjà d’une carrière impressionnante, reconnu dans le monde entier pour « son goût impeccable et sa formidable technique » et couvert de louanges pour « ses textes éloquents et pénétrants sur la musique ». Nous irons de Mendelssohn à Kurtág en passant par Janáček, Schumann.
Jean-François Heisser clôt le Festival. Gloire française du clavier, il peut se permettre un programme présentant une certaine dose d’originalité et d’ailleurs, pour Piano aux Jacobins, il a tapé, non pas la touche Écologie mais, tout simplement, nature, la vraie. Incontournables donc, Schumann et ses Scènes de la forêt, Messiaen et ses Petites esquisses d’oiseaux, Les Murmures de la forêt de Liszt, et citons encore Les arbres de Sibelius.

Jean-François Heisser © Lydia Kasparian
Ainsi naît la magie de ces récitals nocturnes, toujours renouvelés et perpétués, dans ce lieu grandiose, fleuron de notre patrimoine historique et architectural, où la pensée de chacun peut aussi se perdre dans ces atmosphères baignées de musique. Cela fera bientôt 46 ans, (47ième édition) qu’à chaque été finissant, le piano y élit domicile grâce à la passion et la ténacité des initiateurs de ce festival de réputation internationale : Catherine d’Argoubet et Paul-Arnaud Péjouan.
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