CRITIQUE, Concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 28 mai 2026. Pretty Yende, soprano. Anna Marchwinska, piano. Mozart. Verdi. Puccini. Charpentier. Gounod. Strauss.
Le charme de Pretty Yende a ébloui les Toulousains.
La soprano sud-américaine Pretty Yende fait une très belle carrière. Elle va bientôt à nouveau enflammer la scène de la Bastille avec sa Violetta. Elle fait sensation dans chaque rôle abordé avec prudence. Soprano coloratura à la technique parfaite, elle chante avec une déconcertante facilité les rôles les plus difficiles comme Lucia, Rosine ou Violetta. Elle aborde petit à petit des rôles plus lyriques et même la Leonora du Trouvère. Son récital à Toulouse fait un peu une étape dans son parcours. Elle débute son récital avec le deuxième air de la Comtesse des Noces de Figaro « Dove sono ». Le récitatif est mesuré et bien théâtralisé. L’air en lui-même semble un peu lourd. Le phrasé est admirable mais le timbre très épais manque de lumière. On ne retrouve pas la magie qu’elle a su mettre dans sa Pamina. La chanson du saule de l’Otello de Verdi et son Ave Maria ne mettent pas non plus en valeur la voix de la soprano. Un manque de variété de couleurs et de nuances nuit à la qualité de l’expression, même si l’émotion dans la prière finit par nous toucher. C’est dans l’air de Magda de la Rondine de Puccini que le legato de la soprano est un enchantement. La pureté des aigus et leur facilité, les envolées lyriques tout est merveilleux. Les irisations du timbre illuminent son propos. On devine bien des qualités de sa Mimi. Elle termine la première partie de son récital avec le grand air de Violetta, « sempre libera ». Là il est évident qu’elle est entièrement dans un de ses meilleurs rôles. L’abatage est considérable, l’expression est juste, le personnage déchiré est très émouvant. La facilité des vocalises, leur absolue précision, l’enthousiasme porté à son comble et la fêlure lors de la naissance de l’amour font vivre le personnage devant nous. Pretty Yende a tout d’une immense Traviata.

Photo: William Wartel
La deuxième partie du programme met en valeur toutes les qualités de la soprano. Tant l’air de Louise, « depuis le jour » que l’air des bijoux de Faust offrent une diction française très agréable comme une facilité vocale déconcertante. Ce répertoire français lui convient à la perfection. Les trois lieder de Richard Strauss sont également superbes de timbre, de ligne et de sentiment. C’est vraiment très, très beau. Seul petit faux pas un Debussy qui ressemble à du Wagner. Le dernier air la « Czardas » de Rosalinde dans la Chauve-Souris est une véritable pépite. L’humour et le brio comme l’émotion feinte sont succulents. L’aisance scénique de la jeune femme aura illuminé toute la soirée et sera portée à son apogée dans cette Czardas irrésistible. En Bis elle offre le grand air de Rosine « una voce pocco fa » dans une éblouissante version pyrotechnique qui met la salle à ses pieds. En véritable partenaire très complice la pianiste polonaise Anna Marchwinska est tout à fait admirable. Son piano est très beau, capable d’évoquer tout l’orchestre. La virtuosité dans les Richard Strauss est admirable. Avec ce beau récital Pretty Yende a touché le public toulousain tant par une voix retrouvée, brillante et sensible, que par une présence chaleureuse et très gracieuse, un visage très expressif et une grande élégance. On devine une bien belle personne dans ce chant généreux. Les Grands Interprètes terminent leur magnifique quarantième saison sur un bien joli triomphe.

Photo: H.S.
Hubert Stoecklin
Critique écrite pour classiquenews.com
