Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Les Moissons du ciel de Terrence Malick
Chicago en 1916, Bill, ouvrier sidérurgiste, tue accidentellement l’un de ses collègues lors d’une bagarre. Il prend la fuite en compagnie de sa fiancée, Abby, et de la jeune sœur de celle-ci, Linda. Le trio s’embarque sur un train vers le Texas où Bill et Abby – qui se font passer pour frère et sœur – sont embauchés comme saisonniers afin de travailler dans une vaste exploitation de blé appartenant à un jeune et riche propriétaire. Un jour, Bill surprend une conversation et apprend que ce dernier est condamné à brève échéance par une maladie incurable. Il va dès lors pousser Abby dans les bras de cet homme avec la perspective, une fois le mariage conclu, d’hériter rapidement de sa fortune.

Deuxième long-métrage écrit et réalisé par Terrence Malick, après le remarqué La Balade sauvage en 1974, Les Moissons du ciel déploie plus encore l’univers du cinéaste : omniprésence de la nature, des animaux et des éléments, utilisation de la voix off, références bibliques, plans fixes… A la violence d’une certaine modernité industrielle et mécanique (les usines, les moissonneuses…) répondent la beauté et l’harmonie de paysages semblant issus d’un paradis perdu. Si l’extraordinaire puissance esthétique du film l’emporte, Malick ne néglige pas la dramaturgie de son scénario jusqu’à la tragédie finale après une pluie apocalyptique de sauterelles et un incendie digne du jugement dernier.
Poète et créateur d’images
Evoquant autant certains films de Murnau que les toiles d’Andrew Wyeth, voire d’Edward Hopper, Les Moissons du ciel a été tourné en lumière naturelle, particulièrement au moment où le soleil se couche et où la nuit n’est pas tombée, avec l’apport du chef-opérateur Néstor Almendros, célèbre pour son travail avec Rohmer ou Truffaut. De l’utilisation de la musique (composition originale d’Ennio Morricone, utilisation à trois reprises du thème Aquarium du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns) à la direction d’acteurs (Richard Gere, Sam Shepard, Brooke Adams et la jeune Linda Manz), Malick a signé une œuvre maîtrisée de bout en bout qui obtint en 1979 le prix de la mise en scène au festival de Cannes.

Il faudra cependant attendre vingt ans pour que le cinéaste fasse son retour avec le superbe La Ligne rouge. Le secret et le mystère entourant la vie de Malick à cette époque (on sait qu’il vécut à Paris et, semble-t-il, à Toulouse…), la façon dont il réussit des décennies durant à ne pas apparaître dans les médias, même à son insu, alimentèrent le mythe. D’autres chefs-d’œuvre suivront de la part de l’un des plus grands poètes et créateurs d’images de l’histoire du cinéma comme le somptueux The Tree of Life (Palme d’or en 2011) ou A la merveille. On attend désormais The Way of the Wind, film sur la vie du Christ tourné en 2009 et qui est en montage depuis.
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS






































































































































































































































