Les 57es Rencontres d’Arles se dérouleront du 6 juillet au 4 octobre et permettront, comme chaque année, de prendre le pouls de la planète photo, entre solides rétrospectives (William Klein, Edward Steichen, Harry Gruyaert…) et découvertes ébouriffantes. Après l’Australie en 2025, un coup de projecteur particulier sera donné sur l’Afrique.

Waterloo. Belgique, 1981. Photo Harry Gruyaert/Galerie Fifity One
L’an dernier, les Rencontres d’Arles, rallongées jusqu’à début octobre, ont connu une édition record avec 175000 visiteurs venus du monde entier – et de la région Occitanie aussi. Cet été, les amateurs de photographie auront à nouveau de quoi satisfaire leur curiosité et faire un tri – personnel et subjectif – entre expositions immanquables, découvertes étonnantes et cruelles déceptions (il y en a toujours).
Le volet principal du festival, intitulé « Indépendances », sera consacré à l’Afrique, en 6 expositions, certaines très personnelles (Paul Kodjo, Sammy Baloji, Thato Toeba…) d’autres plus généralistes, comme celle consacrée au Ghana accédant à son indépendance et réunissant des photographes locaux et deux grands noms : Paul Strand et Marc Riboud. Dans la programmation « Traversées », l’effet « compil » sera proposé par la Fnac avec sa collection « Nos rêves lointains » – lointains en effet car cela fait des lustres que la chaîne de magasins ne propose plus d’expositions dans ses murs, préférant vendre des climatiseurs et des robots ménagers… Plus surprenantes seront sans doute les « Images qui ne font pas rêver » réalisées depuis les années 1950 par Marie-Claude Deffarge et Gordian Troeller, duo aujourd’hui disparu, pour le magazine « Stern », le « Match » allemand.
Au paradis avec Edward Steichen et William Klein
« Compil » encore, dans le cadre du volet « Vies sensibles » avec « Modèle animal : 200 ans de photographie », complétée par une rétrospective certainement épatante consacrée à la nature par le maître des origines, Edward Steichen.

Ali vient de mettre Foreman KO. Kinshasa, Zaïre, 1974. Photo William Klein/William Klein Estate
Un autre géant disparu, William Klein, beaucoup plus turbulent (y compris lors de sa dernière venue à Toulouse, en 2010), fera l’objet d’une large exposition à l’occasion du centenaire de sa naissance. Le titre, « The way to heaven » (« Par ici le paradis ») est amusant quand on sait quel diable d’homme fut celui que son confrère toulousain Jean Dieuzaide et beaucoup de ses amis surnommaient Bill. Deux autres « Relectures » seront proposées autour de l’œuvre de Martine Barrat, Française installée à New York et qui a su saisir « L’âme de la ville », et Harry Gruyaert, Belge voyageur et immense coloriste qui a toujours eu « Le sens du lieu ».
Parmi les autres expositions qu’on a très envie de découvrir : celles de Pentti Sammallahti, merveilleux miniaturiste finlandais ; d’Alain Keler, formidable photoreporter ; du réalisateur Park Chan-Wook et puis celle d’Omar Victor Diop qui s’est amusé – seul noir dans un monde très blanc – à s’inclure, grâce au numérique, dans les photographies d’amateurs réalisées aux Etats-Unis dans les années 1950 et 1960 et réunies par The Anonymous Project.
Enfin, l’effet « compil » jouera encore à plein avec la collection de photographies de l’enfant du pays Christian Lacroix. On y verra, parmi d’autres, des images de Jeanloup Sieff, Martin Parr, Sarah Moon et Paolo Roversi.
« Complexité et sensibilité »
Directeur des Rencontres d’Arles, Christof Wiesner résume ainsi la philosophie générale de l’édition 2026 : « Dans une période où tout semble pousser à simplifier, à opposer et à réduire, nous avons souhaité que ces 57es Rencontres d’Arles créent au contraire un espace pour accueillir la complexité et la sensibilité. Non pour adoucir artificiellement la violence du réel, mais pour lui restituer toute sa profondeur. Pour regarder ce monde parfois inquiétant sans cesser d’y chercher des formes de beauté, de relation et de liberté (…) Ce qui relie toutes ces propositions, si différentes dans leurs formes, leurs époques et leurs géographies, c’est sans doute une même attention à ce qui transforme : les récits qui se déplacent, les mémoires qui ressurgissent, les formes de vie qui résistent, les images qui, loin de figer le monde, nous aident à le relire. »
57es Rencontres d’Arles, du 6 juillet au 4 octobre, dans divers lieux de la ville. Divers forfaits dont celui permettant d’accéder à toutes les expositions sur plusieurs jours : 42 euros. Nombreuses rencontres, débats, signatures et projections (au théâtre antique) du 6 au 12 juillet.

