« Il a une gueule et une voix » aurait dit Léo Ferré, il est capable de faire une chanson de son embolie, marin à terre cousin de celui de Rafael Alberti, il a beaucoup bourlingué avant de faire escale à Toulouse qui est devenu son port d’attache, où la musique et la poésie souvent le prennent comme une mer.

Lareine©franckalix
Le mardi 5 mai à 19h30, Eric Lareine (1) sera à la Cave Poésie-René Gouzenne de Toulouse (2), avec le fidèle Pascal Maupeu à la guitare électrique, pour lire des morceaux choisis de Rocket Révolution de Richard Goldstein (3), critique rock américain des années 70, chantre d’un journalisme très documenté et pertinent; avant la Conférence de Claude Chastagner de l’Université de Montpellier Paul-Valéry sur Jim Morrison & The Doors, un éclat de poésie dans le Rock (4) à 20h30.
« Les rockers de la Côte Ouest étaient plus sincères et plus vulnérables: ils voulaient faire de l’Art en restant sur le fil du rasoir, contrairement à ceux de la Côte Est dans une démarche purement intellectuelle. »
Lareine, qui est un membre éminent de la FFLM (la Fédération Française de Lectures Musicales) a donc choisi d’interpréter des extraits de Rocket Révolution sur Jim Morrison et les Doors, qui s’ajoutera à son catalogue: Charleville Mézières de Patti Smith, Ellis Island de Georges Perec ou encore Le Mariage du ciel et de l’Enfer de William Blake etc. etc. Son but: « ajouter de l’oralité et du vivant. »
Et Pascal Maupeu signera la bande originale très écrite.

Très rock-and-roll sans doute à l’écoute de leurs duos précédents.
Je me souviens avec émotion de mon regretté ami Gil Pressnitzer me parlant de celui que je ne connaissais pas encore, lors de l’une de nos rencontres mensuelles au Sylène face à la Cathédrale Saint Etienne où nous échangions nos coups de cœur: « Il est né à Charleville comme Rimbaud, il ne fait pas commerce d’armes mais il passe en contrebande ses mots d’écorché vif. Ancien charpentier, danseur de formation, comédien formé au théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, auteur-compositeur, animateur d’ateliers d’écritures à Music’Halle, metteur en scène, calligraphe, Éric Lareine est le secret le mieux gardé de Toulouse. En effet ce marin à terre est l’un des très grands de la chanson, mais personne ne le sait, même pas lui. »
Je me souviens de L’Ampleur des dégâts, la captation du spectacle en public au Théâtre de La Digue pour son deuxième album, paru en 1994, avec, entre autres, un Jean-Luc Amestoy (un magnifique musicien trop peu connu), aux doigts virevoltant sur le piano, et Mino Malan déchainé à la batterie; théâtre de la Digue qu’il avait déjà emballé avec La rue de la sardine de John Steinbeck et Plaisir d’offrir, joie de recevoir.
Je me souviens de sa superbe version de La mémoire et la mer de Léo Ferré avec Jean-Luc Amestoy, toujours étincelant au piano, pour le concert de soutien à Didier Dulieux (un autre magnifique musicien trop peu connu) le 11 juin 2019 à la Salle Nougaro…
Il aurait marché, marché tellement
il est long le plus court chemin
il aurait marché, marché tellement
D’un plan jusqu’à l’autre…
Il est long le plus court chemin
entre l’imparfait et le futur
il est long le plus court chemin
de la nuque au front.
Entre l’imparfait et le futur
sans la volupté, plus d’étincelle
entre le passé et l’aventure
sans l’envie, plus de sel.
(Le sel)
Eric Lareine s’est prêté de bonne grâce à notre questionnaire de toutes les couleurs:
Quelle est votre couleur préférée ?
rouge écarlate
Votre fleur préférée ?
La pivoine
Votre oiseau préféré ?
Le moineau
Votre auteur préféré °
Richard Brautigan
Votre peintre préféré ?
Kandinsky
Votre poète préféré ?
Raymond Queneau
Votre héros préféré ?
Trencavel de Béziers
Votre héroïne préférée ?
Louise Michel
Votre chanson préférée ?
Les amants d’un jour
Votre plat et votre boisson préféré ?
Fish n Chips n Beer
Le personnage historique que vous détestez par-dessus tout ?
Adolphe Thiers
Le personnage historique que vous préférez ?
Jaurès
La réforme que vous appréciez le plus ?
Je suis réformé P4
La qualité que vous préférez chez les femmes?
Le courage
Et chez les hommes?
La souplesse
Dans quel pays aimeriez vous vivre si vous n’étiez pas en France ?
Le Canada
Qu’appréciez-vous le plus chez un ami?
La fidélité
Quelle est votre devise (si vous en avez une) ?
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse
Quelle serait votre plus grand malheur ?
Toulouse est jumelée avec Kiev et il y a la même distance entre Kiev et Tchernobyl, qu’entre Toulouse et Golfech
Qu’elle est votre occupation préférée quand vous n’êtes pas sur scène ?
Je dessine des alphabets
Quel est votre compositeur préféré ?
Berlioz…parce qu’il rime avec Mermoz
Quels styles de musiques appréciez-vous ?
Tout, je veux tout
Quel est, d’après vous, le rôle de la Culture dans notre monde?
Empêcher la guerre
Que peut-elle apporter à nos concitoyens ?
la connaissance de l’autre. CQFD
Quel est votre rêve préféré ?
Parvenir à capter l’énergie des éclairs
Quel est votre poème préféré ?
L’eau
dans la rivière
coule audessus
et audessous
d’ellemême.
Elle sait quoi faire,
elle coule.
Le lit jamais
ne touche le fond.
(Richard Brautigan)
Pour en savoir plus :
1) Eric Lareine
3) L’un des premiers rock critics raconte ce moment de bascule de l’Histoire des États-Unis (1965-1970) à travers le prisme de la scène musicale et des mouvements de contestation. Le style partial et engagé de Richard Goldstein sera sa marque, allant jusqu’à éreinter le Sergent Pepper des Beatles — ce qu’il regrettera plus tard —, ou d’autres icônes du rock. Jusqu’en 1969, il couvre l’essentiel de l’actualité du
rock, passant de longues périodes de travail et de défonce en compagnie de Brian Wilson des Beach Boys, du Grateful Dead ou encore des Doors lors de l’enregistrement d’un de leurs disques. Il dresse un portrait depuis l’intérieur de l’Amérique contestataire de ses rêves et de ses désillusions, avec humour et lucidité.
4) Jim Morrison lit et écrit de la poésie depuis qu’il est adolescent. Il publie de son vivant deux recueils à compte d’auteur. Il y a les textes de ses chansons avec les Doors. L’amitié que lui portent des poètes comme Michael McLure. Et les publications posthumes qui furent des bestsellers. Est-ce assez, ou trop au contraire, pour en faire un vrai poète, dans la grande tradition américaine, un enfant de la Beat Generation, le frère de Rimbaud ? Ou est-ce que tout cela n’est que du vent, une réputation usurpée, l’écume générée par son statut de rock star ? Et quel rôle la France a-t-elle joué dans son écriture et dans la réception de ses écrits ?

