Mes coups de cœur de juillet 2026 (1)
En ces temps de canicule, en plus de la fraicheur, l’Ivresse est de mise au Musée des Arts Précieux-Paul Dupuy- MAPDD (1) jusqu’au 29 septembre 2026.
A travers ses riches collections d’arts graphiques – dessins, estampes, affiches publicitaires – complétées par des objets et des tableaux issus des collections municipales, le MAPDD vous invite à un voyage exaltant dans le monde de l’ivresse, (sans risque d’ébriété !).

L’affiche avec son satyre dansant l’air ravi une bouteille de vin à la main est parfaitement explicite.
Le vin, probablement la boisson alcoolisée la plus ancienne au monde, mais aussi la plus populaire, est vieux au moins comme l’invention de l’écriture: l’Epopée de Gilgamesh, première œuvre littéraire de l’humanité (IIe millénaire avant J.C) atteste déjà de son existence. Intimement liée à la nature et à son alchimie. La culture de la vigne était une sorte de religion païenne célébrant le culte de la terre avec le cycle des saisons, et « le vigneron était à la fois un artisan et un prêtre éveillant les desseins les plus cachés du mystère de la vie ». Un proverbe latin vantait son usage: « Bonum vinum laetificat cor hominis, le bon vin réjouit le cœur de l’homme. »

Et encore aujourd’hui ils sont nombreux les vignerons qui promettent: « Ce vin, ce bon vin, Ce vin généreux, Rend l’homme noble, courtois et courageux. »
L’exposition Ivresse, sous-titrée Boire et déboires, fait la part belle aux représentations de l’Ivresse en illustrant son histoire et ses paradoxes: qu’elles soient célébrées dans les scènes de bacchanales, banalisées ou dramatisées dans les scènes de taverne, glamourisées dans les publicités de la Belle Époque,

ou dénoncées dans les campagnes de prévention;

La consommation d’alcool et ses conséquences constituent une inépuisable source d’inspiration pour les artistes de toutes les époques, comme Pierre-Laurent Brenot RENOT (Paris, 1913 – Loches, 1998) avec cette lithographie couleur, 37 x 52 cm, de 1962 Les belles plantes ne s’arrosent pas à l’alcool. Santé Sobriété.

Dans les arts plastiques comme on peut le voir dans cette exposition à la riche iconographie.
Ou dans la poésie où les exemples sont innombrables, mais j’ai un petit faible pour celle -ci d’Omar Kayyam (Perse XI° – XII° siècle):
Renonce
Renonce à tout
Dans ce monde
Fortune, pouvoir, honneurs
Ne demande rien
Ne désire rien
Hormis du vin, des chansons,
De la musique, de l’amour
Si tu te vois partout traqué
Par la meute des chagrins
Si tu te sens près d’être englouti
Par le déluge des tristesses,
Bois du vin car ce vin, c´est la vie sans fin,
C´est ce qui reste en toi de ta jeune étincelle:
Comme le feu brûlant, il change tes chagrins
En une eau généreuse et vitale, nouvelle.
Les grands compositeurs n’ont pas été en reste comme Giuseppe Verdi avec son fameux air Libiamo ne’lieti calici dans la Traviata, chanté ici par Andrea Bocelli & Angela Gheorghiu:
Levons notre verre, buvons dans ces joyeuses coupes!
Buvons, buvons dans ces joyeuses coupes,
Que la beauté fleurisse ;
Et que l’heure fugitive
S’enivre de volupté.
Buvons dans les doux frissons
Que suscite l’amour,
Puisque ces yeux tout-puissants
Percent le cœur.
Buvons ! l’amour, l’amour entre les coupes
Aura des baisers plus ardents.
Le chœur :
Ah ! buvons ; l’amour, l’amour entre les coupes
Aura des baisers plus ardents…
ou Mozart dans cette Chanson à boire:
En sortant de cette réjouissante exposition sur l’Ivresse, je me suis rappelé que la boisson alcoolisée la plus populaire, en l’occurrence le Vin, souvent stigmatisée par l’Eglise catholique (en dehors des fêtes autorisées comme le Carnaval), a aussi été tolérée contrairement à d’autres religions: « Le vin, c’est la vie pour l’homme, quand on en boit modérément. Quelle vie pour celui qui manque de vin ! Le vin a été créé pour la joie des hommes. Gaieté du cœur et joie de l’âme, Voilà le vin qu’on boit quand il faut et à sa suffisance » (1er du Livre des Proverbes (31,27); et même encouragée par quelques ecclésiastiques bon vivant comme le chanoine Alexandre-Balthazar Grimod de La Reynière (1748-1838) qui professait: « Il y a trop de vin dans ce monde pour dire la messe et il n’y en a point assez pour faire tourner les moulins; donc il faut le boire. En bonne compagnie! »
Mais je n’oublie pas non plus que des Militaires ont encouragé sa consommation pour exacerber les vertus patriotiques à travers des chansons. Les plus célèbres sont celles de la Grande Guerre de 1914-1918, où il fallait bien remonter le moral des malheureux Poilus avant de les envoyer au casse-pipe.
L’ODE AU PINARD mérite qu’on la cite tant elle est explicite:
Un ! Deux ! Le pinard c’est de la vinasse.
Ça réchauffe par où ce que ça passe.
Vas-y Bidasse, remplis mon quart.
Vive le pinard, vive le pinard
Salut, Pinard !
Aimer sa sœur, sa tante, sa marraine
Jusqu’à la mort, aimer son étendard
Aimer son frère, aimer son capitaine
Ça n’empêche pas d’adorer le pinard.
On tue les poux avec l’insecticide
On tue les puces avec du coaltar
On tue les rats avec des acides
Et le cafard avec le pinard.
Un ! Deux ! Le pinard c’est de la vinasse.
Mais ça réchauffe par où ce que ça passe.
Vas-y Bidasse, remplis mon quart.
Vive le pinard, vive le pinard.
C’est maintenant le soir et l’on joue à la mouche
Puis les soldats s’en iront là-haut
Où l’artillerie débouche
Ses bouteilles crémantes
Allons Adieu messieurs tâchez de revenir
Mais nul ne sait ce qui peut advenir.
La plus célèbre est certainement LA MADELON:
Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est là-bas à deux pas de la forêt
Une maison aux murs tout couverts de lierre
Aux vrais poilus c’est le nom du cabaret
La servante est jeune et gentille,
Légère comme un papillon.
Comme son vin son œil pétille,
Nous l’appelons la Madelon
Nous en rêvons la nuit, nous y pensons le jour,
Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour
Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon
Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sévère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !
Et je me rappelle enfin le vieux Peïarot de mon enfance, chiffonnier ambulant, ramasseur de peaux de lapins, qui chantait tout le temps et qui avait toujours une bouteille dans sa charrette à bras:
On fait son métier, son petit métier,
la vie serait simple s’il n’y avait des fous à lier
qui veulent nous faire marcher au pas:
moi, j’aime bien marcher à mon pas.
Alors buvons et chantons
non pas le temps des cerises
mais le temps des vendanges! »
De nos jours les bars ne désemplissent pas pratiquant l’« happy hour », où la pinte est au prix du demi, à sept heures et demie; et à Marseille à 20 heures, « on remet la petite sœur », expression qui dérive de « fillette » (37,5 cl), souvent d’anis. Et ils sont nombreux les « boit-sans-soif » (merci au capitaine Haddock, dont le vocabulaire, en matière d’alcool comme du reste, est toujours riche) à y sacrifier.
PS. Vient de se terminer toujours au MAPPD une exposition, Figures de Mongolie (2), peintures de Munkhbat et Lkahgvarentsen, qui aurait mérité d’être prolongée tant cette évocation de la Mongolie ancestrale à travers le regard de deux peintres contemporains mongols, invitaient le visiteur à un voyage au cœur des traditions picturales et des figures médiévales emblématiques du pays des steppes: passe-temps favori des Mongols,

la chasse se pratiquait exclusivement à cheval dans les immenses espaces steppiques et forestiers qu’offrait la Mongolie.
J’ai immédiatement pensé au groupe de rock mongol mondialement célèbre, The Hu:
Si le lion arrive, nous l’attaquerons au cœur,
Si le tigre arrive, nous le combattrons jusqu’ au cœur,
Si les hommes viennent, nous les attaquerons au cœur (…)
(…) Fonçons comme des faucons
Enflammons-nous, comme l’âme du loup,
Faisons résonner le tonnerre de nos sabots puissants,
Conquérons tout, par la sagesse de Gengis, dessiné dans toute sa gloire sur nos estampes.

Crédits photographiques: Mairie de Toulouse, Musée des Arts Précieux Paul-Dupuy.
Pour en savoir plus :
1) Le Musée des Arts Précieux-Paul Dupuy
Jusqu’au 29 septembre, de 10 h à 18 h, fermé les mercredis et jeudis, au musée des Arts Précieux Paul-Dupuy (13, rue de la Pleau) à Toulouse. Métro : ligne B – station Carmes.
Le musée accueille l’une des plus belles collections d’arts graphiques et d’arts décoratifs du sud de la France, dont notamment un ensemble unique de dessins languedociens et italiens et une collection d’horlogerie ancienne de rang international.
Attention, risque d’addiction aux collections du MAPPD !
2) Il faut remercier l’association culturelle Orient Expos qui a fait don au musée Georges-Labit de 41 tableaux de l’artiste mongol Munkhbat. Ces tableaux mesurent 83×59 cm. Ils sont peints à l’encre de Chine et à la gouache sur toile enduite, marouflée sur carton.

