A 77 ans, Laurent Voulzy propose ses Mémoires, dans un livre, « Caché derrière », écrit par sa compagne Isaure Le Faou. Une mère courage… et Alain Souchon y figurent en majesté, comme les deux personnages clés d’une vie entièrement vouée à la musique. Le chanteur sera sur la scène du casino-théâtre Barrière, à Toulouse, jeudi 4 juin. Un concert rare évidemment complet.

Laurent Voulzy proche de son élément essentiel : la mer. Photo Alice Morelli
Publié dans la même collection qu’Eddy Mitchell et Jacques Dutronc, au Cherche Midi, Laurent Voulzy raconte sa vie de manière très différente de ses aînés, adeptes d’un humour cinglant et d’anecdotes qui piquent. Le compositeur de bien des tubes, de « Rockollection » à « Belle-Île-en-Mer, Marie Galante » opte pour la confession intime, consacrant autant de place à son enfance difficile qu’à une carrière extraordinaire. Laurent Voulzy a le mérite de ne pas mentir au lecteur : son livre, ce n’est pas lui qui l’a écrit mais son actuelle compagne, Isaure Le Faou, auteure bretonne – comme son nom l’indique – dont il est tombé amoureux il y a quelques années, après de nombreuses conquêtes féminines.
« Le succès ne rend pas forcément heureux »
Parlons-en pour commencer : Laurent Voulzy, qui adore ses quatre garçons, reconnaît n’avoir jamais été un mari et un père parfait. Il a aimé, oui, souvent, mais cela n’a pas forcément duré très longtemps. « J’ai compris quelque chose de fondamental : le succès ne rend pas forcément heureux, avoue-t-il. Par exemple, alors que Rockollection résonnait partout, j’étais en plein chaos sentimental ». Sa véritable passion, Laurent Voulzy l’a nourrie pour sa mère, envoyée en 1948 à Paris par sa famille guadeloupéenne car elle était enceinte, sans être mariée, du petit Lucien – qui allait plus tard se choisir le prénom de Laurent. Marie-Louise Alice, « que tout le monde appelait Malyse », tire le diable par la queue, gagnant sa vie comme danseuse. La vie dans un logement minuscule est très difficile ; elle doit se résoudre à placer Lucien en famille d’accueil. L’enfant souffre en silence : il est bien traité par ceux qui l’élèvent. Il vivra de la même manière son retour au bercail, aux côtés d’un beau-père aimant, qui n’est là que de temps en temps (il mène une double vie au vu et au su de sa femme légitime). « Avec les femmes, j’ai reproduit le modèle masculin que j’avais perçu comme « normal », avoue Laurent Voulzy. Dois-je le regretter ? Ce fut mon chemin jusqu’à aujourd’hui. Mais maintenant, j’avance avec plus conscience ». De cette enfance tourmentée naîtra une certaine fragilité et un goût pour le secret que l’artiste définit aujourd’hui ainsi : « Longtemps, j’ai eu du mal à dire les choses et la fuite fut parfois ma sauvegarde ».
« Alain Souchon est un mélange étrange et magnifique »
Dès sa première guitare, Lucien se sent musicien. Il apprend tout seul l’instrument, intègre des groupes qui vénèrent la pop anglaise et le rock américain (« Tutti Frutti », de Little Richard sera son sésame, « I want to hold your hand », des Beatles un choc). Devient professionnel comme chef d’orchestre de Pascal Danel, l’homme des « Neiges du Kilimandjaro ». Compose quelques chansons pour les autres tout en gagnant trois francs six sous comme employé de bureau. Sort une poignée de 45 tours à l’insuccès constant (dont « L’amour est un oiseau », première chanson diffusée en radio… une fois ou deux). Et puis vient la rencontre, en 1974, avec Alain Souchon, si souvent racontée par les deux chanteurs. L’osmose entre les Lennon-McCartney de la chanson française est immédiate. Sortant lui aussi de l’anonymat, Souchon trouve son alter-ego idéal. A lui les mots précis et percutants, à Voulzy les compositions et les arrangements pop qui accrochent l’oreille. « J’ai dix ans »,«Jamais content » et « Bidon » lancent une saga musicale qui triomphera jusqu’à aujourd’hui, un demi-siècle plus tard. Quant à Laurent Voulzy, il ne sera pas en reste avec « Rockollection », « Belle-Île-en-Mer, Marie Galante », « Le cœur grenadine », « Le soleil donne » et tant d’autres. « Depuis toujours, je vois Alain comme un mélange étrange et magnifique : un aristocrate, un écrivain, un rebelle ». Et Laurent Voulzy de le décrire un peu plus loin comme « un troubadour subversif, d’une lucidité parfois vertigineuse ». Avant de raconter une anecdote qui s’est déroulée en juillet 2025 dans les magnifiques jardins de l’Hôtel de la Cité, à Carcassonne : « Je l’ai écouté réciter des poèmes de Victor Hugo, des passages de Cyrano de Bergerac. Tout à coup, j’ai vu le regard d’Alain changer, comme s’il regardait un ciel étoilé. Un mot juste, un verbe parfait peuvent l’émouvoir aux larmes. »
Les prouesses d’un duo touché par la grâce
Dans son livre, Laurent Voulzy revient sur quelques-uns de ses titres de gloire, souvent créés très rapidement par le duo : la grâce est telle que l’évidence est là et leur fait réaliser des prouesses. Laurent Voulzy, l’éternel timide, raconte aussi ses rencontres – brèves mais essentielles – avec quelques-unes de ses idoles (Paul McCartney, Bill Wyman, Roger Daltrey…) et beaucoup de ses confrères français (Balavoine, Goldman, Christophe, Berger, Gainsbourg chez lui, entre le manuscrit original de La Marseillaise et les photos de Marilyn, dont le regard exprime « la beauté, la profondeur, la tragédie… ») On y sent une humilité admirative, celle d’un éternel adolescent qui, après des années de galères, n’en croit pas ses yeux de vivre un rêve éveillé. Et l’on regrette qu’Isaure Le Faou ne le pousse pas plus sur le terrain musical quand on connaît l’exigence maniaque, « la recherche de perfection » de son compagnon à fignoler ses chansons.
Elans mystiques et combats associatifs
A l’inverse, ceux qui lisent les gazettes à vedettes en sauront plus sur le si discret Laurent Voulzy : sa passion pour le Moyen Âge (qui a débouché sur le superbe album « Lys & love »), ses élans mystiques (à la source de la très longue tournée des églises vécue comme une « élévation intérieure »), son obsession pour les rêves (ses « Nuits sans Kim Wilde » sont très productives de ce côté-là), son engagement auprès de l’association ATD Quart Monde (« Je me suis toujours senti proche des gens qui vivent dans le plus grand dénuement », confie-t-il). Et Laurent Voulzy de conclure son livre en évoquant la « présence familière » de la mort, sa « manière apaisée » d’y penser. Sans oublier cette « sagesse du présent » qui lui permet de déguster chaque instant de vie comme un moment de bonheur. Bonheur que vivront intensément les spectateurs qui se rendront, jeudi 4 juin, au casino Barrière tant la tournée 2026 de Laurent Voulzy est à la fois tendre et revigorante, nostalgique et exaltante.

Livre « Caché derrière » de Laurent Voulzy et Isaure Le Faou (Le Cherche Midi, 215 pages, 19,80 euros). Concerts jeudi 4 juin à 20h30 au casino-théâtre Barrière, Toulouse (complet), jeudi 5 novembre au Corum, Montpellier (tarifs : de 49 à 69 euros), jeudi 26 novembre au Zinga Zanga, Béziers (de 55 à 65 euros) et vendredi 4 décembre au centre des congrès, Agen (de 39 à 59 euros).

