Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson
1943, à Lyon, Fontaine, membre d’un réseau de la Résistance, est interné au fort de Montluc. Torturé, placé dans un premier temps à l’isolement, il parvient toutefois à échanger avec quelques autres détenus. Rapidement, il est obsédé par l’idée de s’évader. Muni d’une cuillère, Fontaine commence patiemment à essayer de desceller des lattes de la porte en bois de sa cellule. Son voisin tente de le décourager de crainte d’une punition collective si son stratagème est découvert. Au bout d’un mois, il peut s’extraire de la cellule.

Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson
Par ailleurs, Fontaine se lie à d’autres prisonniers, dont un pasteur et un prêtre, et peaufine son projet d’évasion avant d’apprendre qu’il est condamné à mort pour ses actes de résistance. Un jeune homme est placé dans sa cellule. S’agit-il d’un informateur chargé de le piéger ou d’un éventuel complice ?
La foi et le doute
Sans surprise, Robert Bresson n’a pas signé avec Un condamné à mort s’est échappé, sorti en 1956, un film d’évasion classique. Le titre lui-même livre l’issue de l’intrigue et ce n’est pas le suspense ni le spectaculaire qui sont les enjeux de cette œuvre aussi minimaliste qu’épurée. « Cette histoire est véritable. Je la donne comme elle est, sans ornements. », annonce le cinéaste dans un carton d’introduction. Adapté du récit autobiographique d’André Devigny, le film reconstitue de façon parfois quasi documentaire la vie au fort de Montluc dont 7000 détenus ne revinrent pas vivants.

Au-delà de cette dimension, Un condamné à mort s’est échappé (prix de la mise au festival de Cannes en 1957) est d’abord une parfaite illustration de l’art cinématographique de Bresson : brièveté des plans et des scènes, ellipses, dépouillement, peu de dialogues au profit de la voix intérieure du personnage principal. Par la bande-son (bruits de la ville perçus depuis la prison, cris des détenus, fusillades des pelotons d’exécution…), le hors-champ s’invite. La musique de Mozart accompagne cette parabole sur la foi et le doute, la promesse d’une vie nouvelle et l’esprit de résistance. Dans le rôle de Fontaine, l’excellent François Leterrier (qui s’illustrera plus tard comme réalisateur de comédies populaires) porte déjà des traits, comme un certain effacement et la voix blanche, que le réalisateur de Pickpocket utilisera de façon encore plus radicale par la suite dans sa direction d’acteurs.
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