Avant d’être projeté au Festival de Cannes, « Soudain », de Ruÿsuke Hamaguchi, avait attiré l’attention par sa longueur de 3h15, record de la 79e édition. Après, c’est surtout du double prix d’interprétation pour Virginie Efira et Tao Okamoto dont on a parlé. Ce dernier est justifié. Quant au temps passé, on peut en discuter.

© CINEFRANCE STUDIOS Julien Panié
Quand ils tournent en France, les réalisateurs étrangers sont rarement à leur meilleur. Ce fut le cas récemment pour Asghar Farhadi et ses filandreuses « Histoires parallèles ». On pourrait – presque – en dire de même de Ruÿsuke Hamaguchi, dont « Drive my car » (2021) nous avait éblouis… quand « Soudain » ne possède pas le même charme fascinant. Le metteur en scène japonais et la néo scénariste Léa Le Dimna (dont le père est français et la mère japonaise) ont adapté un roman nippon dont l’action se déroule principalement en banlieue parisienne. Marie-Lou (Virginie Efira) dirige un Ehpad hébergeant des malades d’Alzheimer.
Connaissez-vous « l’humanitude »?
Elle cherche à faire le maximum pour s’occuper d’eux, mettant en place une relation innovante, faite de compassion et de tendresse (elle appelle cela « l’humanitude », néologisme un peu fumeux). Mari (Tao Okamoto) est metteuse en scène de théâtre. On apprend rapidement qu’elle est gravement malade. Entre les deux « Marie » se noue un lien très fort. La Française est proche du burn-out, la seconde se présente comme une « cancéreuse qui refuse de mourir ». Toutes deux ont la double culture franco-japonaise et un sens profond de l’écoute et du respect. Il n’est donc pas surprenant qu’avec de tels rôles, si forts mais joués tout en finesse, Viriginie Efira et Tao Okamoto aient décroché un double prix d’interprétation à Cannes.
Scénario poussif
On n’en dira pas tant du scénario, poussif, et de la mise en scène, qui manque d’élan vital. Certes, le film propose de beaux portraits de résidents, qui furent des professionnels compétents, et qui ont tout oublié de leur brillant passé. Et montre combien le personnel soignant des Ehpad mérite tous les éloges. Mais combien de scènes explicatives inutiles, de réflexions sociologiques pesantes (sur la relation entre capitalisme et dénatalité), de leçons de vie attendues (sur la place des aliénés dans la société)… Pas sûr qu’avec ses 3h15, « Soudain » captive autant les spectateurs français que l’admirable « Drive my car » qui frôlait pourtant les 3 heures. Et obtint Prix du scénario à Cannes et Oscar du meilleur film étranger à Hollywood.
« Soudain », de Ruÿsuke Hamaguchi. Sortie le 12 août au cinéma.

