Faire tenir la discographie de Neil Young en 300 pages tient de l’exploit tant le musicien canadien a produit d’albums, particulièrement ces dernières années. Stan Cuesta y parvient avec le savoir-faire, le franc-parler et l’humour qui sont le sien, déjà à l’œuvre sur les Beatles ou Jimi Hendrix.

Neil Young sur la pochette de son nouvel album, « Second song ». Photo Reprise/Warner
Quelques albums de Neil Young ont marqué les esprits et continuent de tourner fréquemment sur les platines des fans. En premier lieu figure bien sûr « Harvest » (1971), suivi, en termes de notoriété, par « Comes a time » (1978) et « After the gold rush » (1970). Ajoutons-y, pour faire le grand écart temporel, un bon vieux Crosby, Stills, Nash & Young, « Déjà vu » (1970) et un live, « Noise & Flowers » (2022), souvenir d’une tournée européenne qui était passée par le Zénith de Toulouse en juin 2016 (grand moment qui avait réjoui 4000 spectateurs – pas autant qu’on aurait aimé).
La révélation « Heart of gold”
Collaborateur de « Rock & Folk », Stan Cuesta a suivi de près la production exponentielle de Neil Young, dont l’exploration des archives donne le tournis ces dernières années. Le critique rock publie une version actualisée de son « Neil Young » paru initialement en 2018. Et précise, amusé, que le musicien canadien a sorti depuis plus de 30 albums. Stan Cuesta a découvert Neil Young tout gamin avec « Heart of gold » en version 45 tours et n’en est jamais revenu : « La voix du mec me transperçait le cœur. Et là, ma vie a basculé ».

Explorateur maniaque d’une carrière multiforme, l’auteur débute l’aventure avec « The Sultan », un instrumental des Squires, premier groupe auquel Neil Young a participé. Suit la brève expérience Buffalo Springfield (1966-1968), où figure également Stephen Stills.
« Harvest », l’album parfait
Le premier album solo du « Loner » (le Solitaire) paraît en 1968 sur le fameux label Reprise Records – rondelle jaune orangé, dessin d’un bateau avec roue à aubes. Pour Stan Cuesta, il s’agit là, déjà d’une « petite merveille » …qui fut un échec commercial en son temps. Le suivant, « Everybody knows this is nowhere » (1969) est « probablement mon album préféré » dira 6 ans plus tard Neil Young, qui insiste sur le « feeling » incroyable qui se crée – et durera très longtemps – entre lui et son groupe, Crazy Horse, souvent complètement dingue et furieux, comme son nom l’indique.

Réunissant de futurs classiques comme « Tell me why » ou « Southern man », « After the gold rush » est “réalisé dans un état de grâce » selon Stan Cuesta, quand le musicien canadien le considère comme « puissant ». Que dire alors de « Harvest », dont les titres ont brillamment traversé le temps, portés par une voix « belle à pleurer » ? Cet album « parfait, universel, magique, magnifiquement produit » (du calme, Stan !) réunit tant de chansons bouleversantes, de « Heart of gold », donc, à « The needle and the damage done » en passant par « Old man », qu’il en est devenu inépuisable.
« Il faut changer en permanence »
Dans son livre, Stan Cuesta n’oublie pas les disques mal aimés de Neil Young comme « Time fades away » (1973), « chef-d’œuvre de noirceur », qui en est l’archétype. « Personne ne s’attendait à cet album et je ne regrette pas de l’avoir sorti, dira deux ans plus tard l’intéressé. Je n’avais pas besoin d’argent, je n’avais pas besoin de célébrité. Il faut changer en permanence. De chemise, de femme, peu importe. Je préfère continuer à changer et perdre beaucoup de monde en route. Si c’est le prix à payer, je le paierai. » Difficile de mieux résumer le bonhomme, qui n’en a toujours fait qu’à sa tête…
En concert, des émotions fortes
Dans son ouvrage, Stan Cuesta fait donc un tour d’horizon très complet de la discographie de Neil Young, y intégrant les médiocres années 1980 chez Geffen Records. Il y ajoute diverses collaborations, comme compositeur, musicien ou chanteur auprès de David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash (ensemble ou séparément), Joni Mitchell, The Byrds, Emmylou Harris, Willie Nelson, Bruce Springsteen et tant d’autres.

Et met en avant une part essentielle du travail de Neil Young, homme de scène impressionnant dont les tournées ont marqué leur temps. Ce qui nous ramène souvent aux années 1970 avec des disques pirates enfin édités dignement récemment comme « Carnegie Hall » (concert de 1970) ou « Young Shakespeare » (enregistré en 1971). Seul sur scène avec guitare, harmonica et piano, Neil Young déroule ses chansons, toutes formidables, et fascine le public, qu’il n’hésite pas à dérider en balançant des vannes.
Un demi-siècle plus tard la magie opère toujours, démultipliée par une intense nostalgie…
« Neil Young, des années 60 à aujourd’hui », de Stan Cuesta (Editions du Layeur/Marque-Pages, 312 pages, 32 euros).

80 ans et toujours d’attaque
Stan Cuesta conclut son ouvrage sur Neil Young avec l’album live « As time explodes », sorti en mai 2026, enregistré un an plus tôt un peu partout dans le monde lors d’une tournée avec le groupe The Chrome Hearts. Ce n’est évidemment pas le dernier de l’infatigable musicien, qui a sorti récemment un disque constitué d’inédits. Plutôt acoustique, « Second song » n’a rien d’un second choix avec de bons morceaux, parfois longuement étirés (comme « Day after day » ou la chanson-titre) mais jamais redondants ou rébarbatifs. Neil Young orne parfois ses chansons de parties d’harmonica, toujours sensibles (sur « Casting me away from you », par exemple, excellent représentant de sa veine country-rock) ou s’offre à l’occasion un petit riff de guitare (« Soon I might be going »). Dans un ensemble de 7 titres qui durent un total de 42 minutes qui filent à vive allure.
« Second Song » (Reprise Records/Warner).

