La Gradiva un film de Marine Atlan
Repéré par la Fondation Gan (Prix de la Création 2024), le premier long de la réalisatrice Marine Atlan, La Gradiva, s’inscrit d’ores et déjà comme l’une des plus étourdissantes réussites du cinéma hexagonal 2026.

Mitia Capellier-Audat (James) – Crédit : Les Films du Poisson
Un voyage scolaire de terminales est déjà une aventure, vous en conviendrez. Celui-ci a pour destination Naples et, bien sûr, Pompéi. Rapidement nous faisons connaissance avec les principaux acteurs d’une marche à l’abîme émotionnelle d’une puissance éruptive. Dans le train qui les transporte vers leur destination, James, le beau gosse de la classe, est déjà très « occupé » avec l’une de ses nombreuses partenaires, sous le regard discret de son ami Toni. L’arrivée nous plonge avec un luxe incroyable de cadrages, de lumières et d’ambiances, dans les tréfonds de Naples. Alors que, stoïquement, leur professeur, Mme Mercier, tente de les intéresser aux fabuleux et terriblement émouvants vestiges de la cité engloutie lors de l’éruption du Vésuve en 79 après J.C., les ados se laissent gagner par bien d’autres sujets et questionnements : les sentiments, le sexe, leur avenir. Toni goûte aux mystères de cette ville. Homosexuel, il a vite pris contact avec sa communauté locale. Mais Toni rêve d’autre chose. En fait il est follement amoureux de James. Ce dernier le sait. Ils sont d’ailleurs inséparables. Mais le don Juan de ces demoiselles ne veut pas franchir un certain Rubicon, alors que… C’est un film totalement fascinant. Et tout d’abord parce qu’il nous parle d’une jeunesse terriblement contemporaine, en quête de vérités, se débattant comme elle le peut avec Parcoursup, en proie à la fracture sociale, à la recherche d’elle-même. Naples et son passé, aussi beau que douloureux, son présent fait de libertés, devient le réceptacle, le chaudron magique de ce moment crucial qu’est le passage à l’âge adulte, celui des abandons, des renoncements, des déchirements mais aussi de la résilience et des victoires. Porté par deux jeunes acteurs non professionnels mais sidérants de justesse : Colas Quignard, étourdissant et formidablement émouvant Toni aux regards douloureux, Mitia Capellier-Audat, James par trop lumineux pour dissimuler le soleil noir qui le hante, ce film trace aussi le portrait de l’enseignement littéraire porté ici à l’incandescence par Antonia Buresi, une actrice qui depuis une dizaine d’années creuse un sillon d’une belle profondeur dans le 7ème art. Elle est ici d’une justesse de ton sidérante.
Le séisme naturel bimillénaire aujourd’hui est-il en train de se transformer en un autre cataclysme sous nos yeux, d’une toute autre nature ?
Sans concessions, pétri d’émotions, ce film est une étude étourdissante et profondément empathique de la jeunesse actuelle.

