Philippe Jaenada publie L’Inconnue du quai de Javel aux éditions Flammarion. Un roman vertigineux pour reconstituer un crime non élucidé.

Philippe Jaenada © Pascal Ito / Flammarion
Le corps d’une femme est retrouvé quai de Javel. Nous sommes dans la nuit du 6 septembre 1949. D’emblée, l’affaire se présente comme complexe. Rien ne permet d’identifier la victime. Pas de papiers sur elle, pas de sac. Cette femme semble avoir été jetée à la hâte sur cette route. Sans chaussures et habillée sommairement. Aussitôt, la police se met en branle pour enquêter. Et avant tout, il s’agit de retrouver l’identité de cette jeune femme. Rapidement, un nom tombe. Il s’agit de Louise Cansot. Inconnue des services de police, mais connue pour être un modèle pour les peintres de Montparnasse. Ce premier indice trouvé, l’enquête ne fait que commencer, car il s’agit maintenant de savoir si cette femme a été assassinée. Par qui ? Comment ? Et où ?
Le puzzle infernal
L’inspecteur-chef Ferrière est chargé de démêler tout cet écheveau de questions et de trouver la seule réponse qui compte. Ensuite, il faut prévenir la famille. C’est à dire, les deux sœurs qui vivent également à Paris. La première à apprendre la nouvelle ne semble pas submergée par l’émotion. En tout cas, elle ne laisse rien paraître. Cela surprend l’inspecteur qui la convoque pour un interrogatoire. Cette dernière ne cesse de mentir ou de donner des versions différentes. Et pour cause, elle veut cacher une histoire d’avortement, alors interdit et condamné. Puis c’est la seconde sœur qui est convoquée, et même scénario. Ferrière s’impatiente, mais n’en tient pas trop rigueur. D’autres noms figurent sur sa liste. Des noms d’hommes : le prétendu gynécologue qui aide à avorter, le dernier jeune amant, Claude, qui l’aurait mise enceinte, mais aussi d’autres hommes cités comme amants, plus mûrs et parfois violents.
Minutieusement, il s’agira d’étudier toutes les pistes, d’interroger et de recouper les faits pour arriver à la vérité. Si cela est possible. Car il faudra encore 75 ans pour que cette affaire refasse parler d’elle. Et c’est là qu’interviennent la plume et l’ingéniosité de Philippe Jaenada. Car l’auteur, qui s’intéresse aux faits divers, va redonner un souffle à cette affaire. S’inspirant des enquêtes de Maigret, il va, à sa façon, essayer de démêler le vrai du faux. De mettre en lumière des éléments restés dans l’ombre et d’avancer tel un expert sur les traces de Louise Cansot, afin de lui redonner un semblant de vie.
Il y a l’histoire, qui est passionnante, et il y a le style de l’auteur. Une voix qui résonne à chaque ligne, dans chaque digression. On se promène partout, dans les rues de Paris, au gré des faits divers, des recherches des uns et des autres, mais on revient toujours au cœur de l’histoire. Philippe Jaenada ne se contente pas de reprendre les pièces d’une enquête vieille de plusieurs décennies. Il leur redonne du relief, de l’épaisseur et, surtout, une dimension profondément humaine. Une prouesse stylistique. Une expérience de lecture unique. Et un résultat fascinant, entre le roman policier et le portrait poignant d’une femme.
L’Inconnue du quai de Javel • Flammarion


