CRITIQUE, concert. Toulouse, Halle-aux-Grains, le 1er octobre 2026. Rautavaara. Vasks. Stravinski. Daniel LAZAKOVICH. Orchestre national du Capitole. Tarmo PELTOKOSKI.
L’orchestre du Capitole en majesté
Tarmo Peltokoski ouvre sa nouvelle saison à la tête de l’Orchestre national du Capitole avec un programme original consacré à la nature. La première partie propose des œuvres contemporaines mais faciles d’accès. Le fait que la salle ne soit pas pleine comme un œuf peut s’expliquer par ce choix ambitieux sur la papier de compositeurs inconnus. Pourtant la pièce de Einojuhani Rautavaara, Concerto pour oiseaux et orchestre « Cantus Articus », datant de 1972 tient davantage de la musique de film que de l’audace compositionnelle. Les enregistrements de cris d’oiseaux migrateurs faits par le compositeur sont intégrés à la musique de tout l’orchestre. C’est agréable et distrayant. L’orchestre du Capitole est merveilleux de timbres. Saluons le violoncelle généreux et bien chantant de Pierre Gil et les flûtes magiques de Sandrine Tilly et Claude Roubichou. Puis le talentueux violoniste Daniel Lazakovich est venu sur le devant de la scène pour interpréter le concerto pour violon et orchestre n°1, « Distant light » de Peteris Vasks.
Débutant sur un suraigu pianissimo le concerto permet au jeune violoniste de démontrer sa fine musicalité et son engagement dramatique. Véritable passeur il raconte en jouant magnifiquement. Le stradivarius qui l’accompagne sonne avec une couleur mielleuse et des notes aromatiques de fleurs des champs. La simplicité, l’évidence de son jeu laisse diffuser une émotion très particulière. Cet interprète n’est pas un simple violoniste. C’est un musicien d’exception. Tarmo Peltokoski est particulièrement inspiré par cette œuvre et dialogue avec son soliste pour créer les atmosphères les plus variées avec de belles nuances et des couleurs orchestrales magnifiques. Les cordes de l’Orchestre du Capitole semblent en état de grâce et la fusion avec le violon aérien de Daniel Lazakovich est totale. La grande mélancolie qui de part en part irrigue la partition trouve ce soir des interprètes subtils. Très applaudi Daniel Lazakovich offre un sublime bis. Bach a écrit pour violon seul des œuvres particulièrement géniales. Daniel Lazakovich nous offre un extrait déchirant. Il termine dans une nuance pianissimo si subtilement timbrée que le public retient son souffle avant d’exulter. La musicalité de Daniel Lazakovich est vraiment très attachante. Dans Bach il atteint au sublime.
Après l’entracte le contraste est saisissant. L’orchestre au grand complet se lance avec un brio superbe dans une interprétation rutilante de l’oiseau de feu de Stravinski. Ce répertoire russe lui convient admirablement et l’orchestre du Capitole y semble particulièrement à l’aise. La fréquentation de ce répertoire russe avec Tugan Sokhiev a laissé une belle emprunte. Les timbres sont brillants, les nuances extrêmes sont très naturelles, les phrasés sont évidents. Tarmo Peltokoski dirige avec brio, détaille toutes les subtilités orchestrales, obtient des nuances subtiles. Son goût des forte semble un peu le griser quand l’orchestre répond avec une telle splendeur. Le grand crescendo du final le voit à court de moyens tant le forte avait démarré trop fort trop tôt. La splendeur de l’orchestre est totale et l’entente avec le chef fonctionne bien. Ce qui nous a un peu manqué c’est la dramaturgie du ballet. Tarmo Peltokoski concentré sur la brillant orchestral ne nous a rien dit. L’art de conteur de Tugan Sokhiev nous a un peu manqué.

L’orchestre du Capitole a particulièrement brillé ce soir. C’est d’autant plus remarquable que la veille il était dans la fosse du théâtre de Capitole pour une Rusalka orchestralement somptueuse. Quelle chance ont les Toulousains ! La belle rentrée que voilà !
Hubert Stoecklin
Photos Romain Alvarez
