Critique. Opéra. Festival de Vérone 2026. Arènes de Vérone, le 3 septembre 2026. Giacomo PUCCINI. TURANDOT. Franco ZEFFIRELLI/ Andrea BATTISTONI. Anna PIROZZI. Maria AGRESTA. Yusif EYVASOV. Gezim MYSHKETA. Matheo MACCHIONI. Severio FIORE. Michele PERTUSI. Carlo BOSI. Orchestro, Coro, ballo et technici di Fondazi Arena di Verona.
TURANDOT à Vérone ! Belle comme dans un livre de contes.
L’hommage à Franco Zeffirelli se poursuit. Après sa somptueuse Aida c’est au tour d’une autre production phare de retrouver le public. Avec Turandot, Zeffirelli offre une vision grandiose et efficace du chef d’œuvre ultime de Puccini. En cette année du centenaire de sa création (le 25 avril 1926). Les Arènes de Vérone rendent hommage à cette création historique en ressortant une production qui a fait date en 2012 à sa création. Les décors sont superbes. Au deuxième acte le public applaudit à tout rompre lorsqu’est dévoilée une cité impériale toute faite d’or. C’est grandiose et magnifique. Et comme les lumières sont habiles ! Les costumes également, créés par Emi Wada sont inoubliables. Tout particulièrement ceux de la princesse et ceux des trois masques Ping, Pong et Pang. Une chine de rêves et de légendes est comme inventée plus vraie que l’historique. En fait la beauté de cette production ressemble à un livre de contes ouverts devant nos yeux et qui s’anime. La grande maîtrise du placement des masses chorales est toujours une des grandes qualités des mises en scène de Franco Zifferelli. La discrimination entre menu peuple maltraité, soldats, gardes et nobles est très lisible. La direction d’acteur est efficace et chaque personnage est bien campé. Les chœurs sont puissants, parfois un peu extrêmes dans les forte aigus. Les nuances sont belles. La versatilité du peuple est bien rendue. L’orchestre volumineux (dix contrebasses, quatre harpes et de très nombreuses percussions) rend hommage à Puccini qui dans cette œuvre va beaucoup plus loin avec des audaces inouïes. La direction d’Andrea Battistoni est solide et sans subtilité.

Le Prince de Perse
La distribution dans son ensemble est homogène et très satisfaisante. Dès leur rencontre Timur, Liu et Calaf sont très présents et incarnent leurs personnages de manière très crédible. La voix de Michele Pertusi est noble et sonore. Il donne beaucoup de charisme à son personnage. A la mort de Liu ses imprécations sont puissantes. La Liu de Maria Agresta est très charnelle. Son jeu est physique et vocalement la voix sonore et riche en harmoniques donne beaucoup de présence. Sa Liu n’est pas fade et au contraire a beaucoup d’autorité. Le chant est généreux, le vibrato bien maitrisé et les nuances superbement amenées. Cette Liu fait vraiment le poids face à la princesse Turandot rendant leurs conceptions diamétralement opposées de l’amour très convaincantes. Le Calaf de Yusif Eyvasov est passionné et vaillant. La tendresse pour Liu est modeste et sa folie amoureuse pour Turandot l’habite vite et avec une grande force. Vocalement la voix est jeune, vibrante et son timbre sait être très émouvant. La tendance très ténorisante de tenir ses aigus (superbes au demeurant) est un peu excessive et lui vaut de très longs applaudissements après son « vincero ». Sa voix claire et lumineuse s’harmonise très bien avec celle de sa Turandot. Car la grande voix d’Anna Pirozzi est également jeune, claire et lumineuse. L’autorité est incontestable. La jeunesse du personnage est très intéressante.
Les longues phrases souvent couronnées par des aigus assassins sont superbement phrasées. Les aigus sont dardés et lorsque la voix d’Anna Pirozzi se mêle à celle de Yusif Eyvasov l’effet est magnifique. Le duo final si éprouvant ne la fait pas frémir. La vaillance est totalement assumée. Le revirement assez soudain est crédible.

Calaf voit Turandot et tombe amoureux….
Les trois masques Ping, Gezim Myshketa, Pong Matheo Macchioni et Pang Severio Fiore sont très inventifs. Leur jeu est habile, le passage du lyrisme particulièrement émouvant au comique de leurs analyses est un enchantement. C’est théatral et vocal à la fois.

La mort de LIU
Carlo Brosi en Empereur et Ankhbayar Enkhbold en Mandarin, Eder Vincesi en Prince de Perse sont efficaces.

Turandot a perdu et se révolte
Cette très belle production de Franco Zeffirelli dans une distribution très homogène est une bien belle manière de fêter le centenaire de la création de Turandot.
Il est évidant que le plein air et la vaste scène des arènes de Vérone en font un lieu idéal. Il faut cette immensité pour rendre hommage à cet opéra disproportionné. Il est bien souvent à l’étroit dans de classiques salles à l’Italienne. Le magnifique travail de Zeffirelli pour Vérone semble être fait pour durer. La manière dont les équipes techniques chouchoutent les décors est très émouvante. Démontés le soir même de la représentation ils sont soigneusement rangés. Et en une matinée ils sont à nouveau installés. Par un hasard de calendrier, le matin suivant Turandot, la production d’Aida était remobilisée à peine celle de Turandot rangée. Ces deux productions de Zeffirelli sont vraiment historiques et indémodables.

Le triomphe de l’ amour
Photos : Studio Ennevi Heads Collective
Hubert Stoecklin pour mon Blog avec autres photos
