Stephan Eicher est insatiable. Il était il y a un an sur la scène du théâtre de la Cité pour deux soirées intimistes centrées sur son « Seul en scène ». Le revoici, les 24 et 25 octobre, à la Halle aux grains, dans le cadre de son « Poussière d’or Tour », qui mettra en avant son dernier et magnifique album.

Stephan Eicher. Photo Martin Gallop
Stephan Eicher aime varier les plaisirs, monter sur scène en solitaire – enfin, presque – et puis renouer avec de fidèles musiciens pour des tournées plus pop-rock. Avec à chaque fois un superbe répertoire, qui court sur plus de 40 ans, et sa manière si poétique de raconter le monde sur des mots de Philippe Djian (et pour l’allemand, de Martin Suter). Dimanche 4 octobre, il concluait une série de cinq « Seul en scène » au théâtre du Rond-Point, à Paris – spectacle déjà donné à Toulouse, au théâtre de la Cité, les 11 et 12 octobre 2025. Dans une mise en scène de François Gremaud, Stephan Eicher raconte les grandes étapes de sa carrière, depuis son premier groupe Grauzone jusqu’à ses derniers albums, tous aussi beaux les uns que les autres, « Homeless Songs » (2019), « Ode » (2022) et « Poussière d’or » (2025).
Vif, drôle et mélancolique
Sur scène, le ton est vif et souvent drôle, le barde suisse – dont l’accent est évidemment à couper au couteau – ayant une manière très personnelle d’évoquer des anecdotes, un peu comme le fait Alain Souchon, l’humour contrebalançant la mélancolie des chansons. C’est ainsi que l’on redécouvre « Si tu veux (que je chante) », « Pas d’ami comme toi » (dont le fameux « non, non, non » est repris en cœur par la foule), « Des hauts, des bas », « Two people in a room » ou « Déjeuner en paix » sous un angle différent, parfois à la guitare acoustique, parfois au piano, avec lequel Stephan Eicher aime composer (il confie : « Un tabouret de piano, c’est souvent le seul endroit où le monde cesse d’être trop bruyant, trop complexe ») ou alors avec les vieux synthétiseurs que l’artiste utilisait à ses débuts « à Berlin…euh non à Berne », s’amuse-t-il.
Passer «l’Orage » avec l’accordéon de papa
Parmi les beaux moments du spectacle figurent un hommage, sur la chanson « Orage », au père disparu, lui aussi musicien, avec l’accompagnement de son vieil accordéon, automatisé pour l’occasion.

Un « Seul en scène » épuré, profond et drolatique. Photo Tabea Haeberli
Stephan Eicher nous fait également remonter le temps en nous montrant les vinyles qu’il a adorés durant son adolescence : un Ramones dont était fan son grand frère, « Horses », de Patti Smith, « acheté pour la beauté de la pochette », « Blood on the Tracks », de Bob Dylan (« ce type m’énerve, il est trop bon ») et puis son « préféré », « Coney Island Baby », de Lou Reed. De « The No Comprendo », des Rita Mitsouko, Stephan Eicher diffuse intégralement “Les histoires d’A ». Spectateurs attentifs, grand moment d’émotion en souvenir de Catherine Ringer et Fred Chichin…
Partager des chansons « comme un pain encore chaud »
On ne sait pas encore si des reprises seront au programme du « Poussière d’or Tour » mais on imagine qu’il fera la part belle à l’album susnommé, sorti en novembre 2025. Nous avions dit ici combien nous aimions ce disque. A la réécoute, il n’a rien perdu de son charme et de sa puissance d’évocation. Les mélodies d’Eicher sont douces et troublantes, les mots de Djian admirables et bouleversants. Pas une chanson un peu faible, que des merveilles comme « Poussière d’or », « Je plains celui », « On dit », « Sauvage continent », « Cheveux blancs » ou encore « Au secours ». Autant de merveilles qu’on aura le bonheur d’écouter en version live à la Halle aux grains car, dit l’intéressé », « il est temps de les partager – comme un pain encore chaud déposé au centre d’une table ». Pour deux soirs qui nous resteront longtemps en mémoire, comme tous les concerts de notre cher Eicher.
Stephan Eicher en concert samedi 24 et dimanche 25 octobre à la Halle aux grains, à Toulouse. Tarifs : 50 euros et 55 euros (www.bleucitron.net).
Dernier album : « Poussière d’or » (Electric Unicorn Music/Barclay/Universal Music).

