Vadym Kholodenko au Festival Piano Jacobins
CRITIQUE. Concert. 47em Festival Piano Jacobins. Toulouse. Salle capitulaire du cloître, le 11 septembre 2026. Beethoven. Lyatoshinsky. Liszt. VADYM KHOLODENKO, piano.
Le piano brillant de Vadym Kholodenko.

Le pianiste ukrainien Vadym Kholodenko a proposé pour son récital à Piano Jacobins un programme construit sur une augmentation de brillance. La sonate Hammerklavier de Beethoven qui a ouvert le récital n’a pas permis de mettre vraiment en valeur les qualités du jeune pianiste. En effet sa lecture puissante en contrastes abruptes de nuances n’était pas très phrasée. Aucune rhétorique n’émaillait le propos. Ce piano riche en couleurs trop saturées et en textures toujours fortement charpentées n’a pas offert tous les trésors de la partition. Car dans cette œuvre Beethoven pousse l’instrument dans ses retranchements et demande à l’interprète d’aller dans le sens de la recherche et de l’expérimentation bien d’avantage que dans la seule puissance sonore. D’autres interprètes y mettent plus de subtilité et de variétés de toucher.
Après cette première partie qui a laissé sur sa faim une partie du public, la suite du récital était très attendue. La bonne surprise est venue des trois préludes de Boris Lyatoshinsky. Ce compositeur ukrainien a eu beaucoup de succès du temps de l’union soviétique. Sans être très avant-gardistes ces compositions de 1942 sont très intéressantes et agréables. Le jeu de Kholodenko gagne en subtilité et le toucher devient très varié. C’est comme si le pianiste était particulièrement intéressé par la musique de son compatriote et trouvait beaucoup de chose à en dire. Les nuances sont superbement conduites, les lignes de chant se tissent et les rythmes se vivifient. Le troisième prélude est carrément sensationnel sous des doigts si inspirés. Ainsi l’ostinato de la main gauche devient particulièrement violent dans son insistance. Le crescendo est savamment construit puis la désinence habilement amenée. C’est un grand moment de musique et une belle surprise.
Puis comme galvanisé Vadym Kholodenko va se lancer avec panache dans les six études d’exécution transcendantes d’après Paganini composées par Frantz Liszt. Les qualités extraordinaires du pianiste sont mises en valeur avec la complexité extrême de ces pages. Voila un répertoire qui avec la virtuosité en hommage au violon de Paganini et avec l’inventivité pianistique de Liszt ouvre grand les cieux. Avec un véritable génie, Vadym Kholodenko nous en propose une interprétation lumineuse et même aveuglante de beauté pianistique. Ce jeu grisant électrise le public et c’est avec beaucoup d’intelligence que le pianiste a proposé un bis tout de calme et de volupté.

Le concert qui avait débuté en fanfare avec un Beethoven insatisfaisant c’est terminé avec un éclat bien plus précieux.
La musique virtuose de Liszt et juste avant celle originale de Lyatoshinsky conviennent admirablement au piano exceptionnel de Vadym Kholodenko. Ce soir la Hammerklavier de Beethoven ne lui a pas permis d’atteindre ce niveau.
Hubert Stoecklin
Photo HS
