Après huit ans loin des scènes, Pony Pony Run Run a repris la route. Révélé à la fin des années 2000 avec l’incontournable Hey You, le groupe s’est imposé avec une pop électro-rock aussi dansante qu’efficace, quelque part entre les guitares et les synthétiseurs. Formé par les frères Gaëtan et Amaël Réchin Lê Ky-Huong, le projet a connu une ascension fulgurante avec un premier album disque de platine, une Victoire de la musique en 2010 et des tournées au-delà des frontières françaises. Aujourd’hui, Pony Pony Run Run écrit une nouvelle page de son histoire, avec un album attendu en 2027 et une tournée qui passe par Toulouse le 6 novembre, à Interférence. L’occasion de retrouver Gaëtan, de revenir sur ce retour aux sources et de parler musique, liberté et plaisir de jouer.

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Vous êtes remontés sur scène en septembre 2024, à Angers, pour un concert qui devait être unique. Et finalement, le public monte sur scène, la salle se transforme presque en club… Comment avez-vous vécu ce concert assez singulier ? Vous vous attendiez à ça ?
On ne s’attendait pas à grand-chose. En 2024, on devait faire un DJ set puis l’idée a été poussée un peu plus loin, avec l’envie de faire quelque chose d’hybride. Finalement, on a monté un vrai live en seulement trois jours, juste avant le Chabada. On a fait ça à l’instinct et par plaisir, en se disant qu’on allait bien s’amuser et proposer un événement un peu spécial. Et c’est vrai qu’on a surtout renoué avec ce qu’on aime, le live, qu’on a fait pendant une quinzaine d’années.
Je pense qu’on avait un peu oublié les sensations que ça pouvait procurer. Ça a été un déclencheur dans ce sens-là : ça nous a rappelé que le live faisait aussi partie du projet et de nous.
C’est à ce moment-là que vous vous êtes dit que vous aviez envie de continuer ?
Oui. On a discuté un peu avec l’équipe, parce que celle qui était présente au Chabada nous suit depuis le début. Tout le monde était hyper motivé, donc on s’est tous un peu entraînés les uns les autres. Au départ, on pensait revenir pour une dizaine de dates, simplement pour le plaisir de jouer un peu. Et puis tout s’est enchaîné.
On se retrouve aujourd’hui avec une tournée et un album qui arrive… C’est ça qui est assez chouette, tout s’est fait de manière organique, à l’envie. On n’a aucune pression parce qu’on est libres. On maîtrise notre emploi du temps, parce qu’on n’est plus dépendants de structures extérieures.
Justement, vous avez fait le choix de travailler avec des labels indépendants. Est-ce que vous avez l’impression de pouvoir faire de la musique plus librement aujourd’hui ?
Oui, c’est vraiment un choix. On a consulté quelques labels avant de prendre cette décision. C’est surtout une question de temporalité, de pouvoir maîtriser complètement le calendrier et nos envies sans se laisser parasiter par des pressions financières ou des contraintes de temps qui n’auraient rien à voir avec l’artistique. Ce qui guide vraiment le projet, c’est l’envie. Et ce qui est intéressant, c’est qu’on tourne alors que l’album n’est pas encore sorti ! On compose pendant la tournée, on essaie des choses en live. On prend vraiment notre temps.
Maintenant, on a fixé une date de sortie pour l’album. On a beaucoup de morceaux, mais il faut faire le tri. C’est un album qui se construit avec les gens, avec le public, alors c’est vraiment une autre dimension. Ça crée des choses plus fortes, plus intéressantes, je trouve. Et surtout, on ne s’embarrasse pas de choses qui n’ont rien à voir avec l’artistique.
C’est donc un nouveau chapitre que vous ouvrez. Est-ce que vous avez l’impression de composer différemment aujourd’hui ?
Moi j’écoute beaucoup de musique et je compose quotidiennement. Je suis toujours influencé, que je le veuille ou non par le contexte, par ce qui se fait en ce moment ou par les mots que je découvre sans m’en rendre forcément compte.Donc, la méthode ne change pas vraiment. En revanche, les envies et la liberté de faire ce qu’on veut nous emmènent vers des contrées sonores qu’on n’aurait peut-être pas forcément explorées avant. Il y a une vraie liberté artistique sur l’ensemble du projet. Mais dans la composition, ça reste assez similaire.
Quand on écoute Get Away, on retrouve votre ADN pop-électro, avec une production plus actuelle. Est-ce que vous cherchez à faire évoluer votre son ou à conserver cette identité musicale qui vous caractérise ?
Je pense que intrinsèquement, comme c’est toujours la même personne qui compose, il y a une signature. C’est un peu comme un écrivain qui crée un bouquin, on reconnaît son style. Donc, oui, il y a un style, c’est sûr. Mais, pour ce qui est de la forme, on ne se met aucune limite. Sur l’album, il y aura vraiment de tout. Get Away est un peu plus nostalgique que les morceaux qui vont suivre, c’est un clin d’œil à ce qu’on a pu faire avant, avec un pied dans cette nouvelle décennie.
Mais il y aura aussi des morceaux beaucoup plus électroniques, d’autres complètement rock. L’album va osciller entre plusieurs genres musicaux. En réalité, l’ADN de Pony, c’est justement de n’avoir jamais vraiment fait de distinction entre l’électro, la pop et le rock. On va même un peu plus loin dans cette direction. Il y a surtout un morceau que j’adore, qui est vraiment très électronique et qui dénote avec ce qu’on a pu faire par le passé.
Il s’appelle comment ?
En fait, il n’existe pas encore officiellement. Pour le moment, les gens l’entendent en live et il évolue un peu plus à chaque fois. On ne l’a pas encore complètement terminé en studio, on essaie de trouver la bonne formule. C’est entre musique ambiante et musique techno, donc c’est assez intéressant. Mais je pense que le fil conducteur reste vraiment la voix et les pop songs.

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Vous laissez donc vos morceaux évoluer au fil des concerts ? C’est important pour vous de pouvoir les tester devant le public avant de les enregistrer ?
C’est surtout qu’on a la chance de pouvoir le faire, donc on en profite au maximum. Ce qui est agréable, c’est que chaque concert devient différent. On ne joue pas forcément les mêmes morceaux et on ne les joue pas toujours de la même manière. C’est assez drôle, parce qu’au début de Pony, avant de signer pour faire le premier album, on a tourné pendant quatre ans par nos propres moyens. À cette époque-là, il y avait MySpace. On mettait nos morceaux en ligne tous les mois, on gravait nous-mêmes nos CD, on les imprimait, on faisait les pochettes…
Tous ces morceaux avaient eux aussi été élaborés sur scène. Finalement, le premier album était un peu une compilation de nouveaux morceaux et pour moitié de titres issus de ces tournées. Je trouve qu’on retrouve un peu cette énergie des débuts. C’est une forme de révolution, dans le sens où on revient aux sources.
Avant ce concert à Angers, vous aviez passé huit ans à évoluer chacun de votre côté. Quand vous vous êtes retrouvés, est-ce que vous aviez changé, musicalement ou humainement ?
Je pense qu’on avait davantage envie de faire de la musique qu’au moment où on avait commencé cette pause. On était moins dans une routine. Et puis, avec l’âge et l’expérience, je crois qu’on apprécie encore plus la chance qu’on a de pouvoir être sur scène et de communiquer avec les gens. Quand tu es en tournée tout le temps pendant quinze ans, tu ne sais plus forcément pourquoi tu le fais. Tu le fais parce qu’il faut le faire, si tu veux. Quand tout se passe bien, ce sont de bons concerts, c’est chouette. Mais là, on a vraiment eu le temps de reprendre conscience de l’impact et de la force de ces moments. C’est une vraie chance de pouvoir faire de la musique vivante.
Vous avez aussi exploré la musique électronique à travers vos DJ sets. Est-ce que cette expérience a changé votre manière de penser les morceaux de Pony Pony Run Run ?
C’est marrant parce qu’à la base, je viens aussi de la musique électronique. On a commencé dans les années 1990 avec de la pop punk, ensuite, je suis parti vers la musique électronique et expérimentale, puis on est revenus à la pop. Après, je suis retourné à la musique électronique. Ça fait simplement partie de mon cheminement. Pendant ces années de pause, je n’ai pas fait un seul morceau de pop, je n’ai fait que de la musique électronique parce que j’avais envie de faire autre chose. Et maintenant, en remettant un pied dans Pony, je remets des guitares partout, alors que je n’en avais pas mis pendant sept ans.
On cherche toujours quelque chose qui nous plaît avant tout et qui résonne avec nous. C’est comme ça qu’on compose en général : trouver ce qui nous plaît le plus au moment où on le fait, ce qui nous correspond le mieux.
Vous serez à Toulouse le 6 novembre, à Interférence. Qu’est-ce que vous avez envie de retrouver sur scène avec le public toulousain ?
Dans mes souvenirs, le public toulousain est hyper investi physiquement, il donne beaucoup. J’en attends beaucoup, sans pression ! J’ai des souvenirs de foules complètement dingues au Bikini. J’en ai plein, des souvenirs comme ça. J’en attends pas moins. Je sais de quoi le public toulousain est capable. J’espère qu’on va réussir à communiquer avec lui, à partager ce qu’on a envie de partager. Le live est fait autour de cette notion de partage et de l’envie de casser un peu la vitre entre les musiciens sur scène et le public.
Si vous pouviez retrouver les Pony Pony Run Run de 2009, qu’est-ce que vous leur diriez ?
Franchement, de continuer comme ça. C’est un beau voyage, il y a plein de choses, plein de souvenirs. En repartant en tournée, on se rappelle aussi tout ce qu’on a pu faire par le passé. Il y a un bon bouquin à écrire ! Il y a eu des moments forts mais je trouve que tout évolue de manière naturelle. Chaque jour, ça prend une autre tournure. Bizarrement, il y a plein de choses exceptionnelles qui se sont passées, mais quelque part, tout s’est fait très naturellement et sans pression.
C’est juste la vie, en fait, je crois.

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Interview réalisée par Julie AKACHA
Rony Rony Run Run, le 6 novembre à Interférence
