Primetime un film de Lance Oppenheim
Pour son premier long, le jeune réalisateur américain Lance Oppenheim fait se croiser deux sujets pour le moins délicats : la pédocriminalité et la téléréalité. Le scénario s’appuie sur une émission de la télévision américaine, To Catch a Predator, animée par Chris Hansen. Le « jeu » était le suivant. Dans une maison truffée de micros et de caméras cachés, un acteur, majeur, se faisait passer au téléphone pour un mineur et attirait à lui un prédateur. La mise en scène prévoyait que la victime devait s’absenter du salon et c’est alors qu’apparaissait l’animateur, découvrant ainsi la vérité au pédocriminel. La police prenait la suite. Cette émission, qui rencontrait un succès foudroyant, fut au programme de 2004 à 2007. Elle dut s’interrompre suite à un drame survenu le 5 novembre 2006. Ce soir-là, le « poisson » n’était autre qu’un procureur-adjoint du Texas. Bingo pour l’émission évidemment. Sauf que celui-ci se suicida en direct… Le film de Lance Oppenheim nous plonge dans les coulisses de cette téléréalité nauséabonde dont l’objectif principal, sous couvert de nettoyer la société d’êtres malfaisants, était d’accéder à ce primetime, nirvana de tout producteur et présentateur du genre.

Robert Pattinson (Chris Hansen) – Crédit : DR
Caméra en main format documentaire, avec une image à la texture volontairement imparfaite et des cadrages ambigus, le réalisateur nous immerge sans précautions dans ce maelström d’horreurs en tous genres, sans faire l’économie au passage du mercato toxique et permanent qui agite ce microcosme délétère.
Robert Pattinson incarne avec une froideur sidérante Chris Hansen, cet homme utilisant à son profit l’une des pires abjections qui se puissent concevoir. L’appât est magistralement interprété par Skyler Gisondo, ici un acteur en quête de reconnaissance, ne se posant que peu de questions sur le rôle qui lui est assigné. Magistral !
Un film qui soulève le cœur assurément, mais….

