Il ne reste plus que quelques jours pour découvrir les expositions photographiques du festival Map Toulouse, présentées jusqu’au dimanche 27 septembre dans l’ancienne caserne Vion, quartier Saint-Cyprien, à Toulouse. Une nouvelle fois, le choix d’Ulrich Lebeuf et de son équipe est très varié et toujours pertinent.

Marché du Cap Haitien où est vendu du charbon fabriqué à base de bois de mangroves. Photo Olivier Jobard/ The PhotoBridge Project
Les organisateurs du festival Map ont le génie du lieu dans lequel ils présentent leurs expositions. Cette année, c’est la caserne Jacques-Vion qui a été choisie, aujourd’hui désaffectée avant la réalisation d’un projet immobilier réunissant logements et structures de loisir et de culture. Le bâtiment et ses dépendances, imaginés dans les années 1970 par l’architecte Pierre Debeaux, sont de style brutaliste, à savoir large utilisation du béton, bien visible, pour des espaces vastes. Pas vraiment typique mais finalement idéal pour accueillir des expositions. La plupart de celles retenues par Map sont montrées dans l’ancien garage, haut de plafond, qui accueillait jusqu’à l’an dernier des véhicules de pompiers.

Un aspect de l’architecture brutaliste et du travail de Stéphane Lavoué./ Photo JMLS
On y croise tout d’abord des Indiens d’Amérique, ceux persécutés à la fin du XIXe et au début du XXe siècles et dont Edward S. Curtis fut le chantre contre vents et marées, et ceux d’aujourd’hui, dont Zen Lefort s’est pris de passion jusqu’à s’immerger dans leur quotidien. Aux majestueux portraits d’antan répondent d’autres images, en couleur, tout aussi belles, racontant la survie d’une culture longtemps méprisée.

Des indiens vus par Zen Lefort et Edward S. Curtis./ Photo C31
D’autres Indiens, de Delhi à Calcutta, ont tapé dans l’œil de Julie Glassberg, fascinée par les vrais sapins de Noël que sont les camions des routiers locaux. Cela donne de superbes images d’engins qui illuminent la nuit de toutes leurs loupiotes. Autre magnifique travail sur la couleur, celui de Bénédicte Kurzen, réalisé à Mayotte dans un registre mystique qui stimule l’imagination.
Valparaiso, ville mythique
Bien connu pour ses reportages et ses portraits dans la presse magazine, Stéphane Lavoué s’est « perdu dans le paradis » que constitue Valparaiso, port chilien qui s’accroche aux collines et multiplie les escaliers impressionnants. Il en donne une vision très originale, dans des tonalités qui expriment le mystère de cette ville souvent photographiée, notamment, et de façon mythique, par Sergio Larrain, dans les années 1950. Beaucoup plus classique est l’approche de Christophe Brachet, photographe de plateau depuis près de 20 ans. Son rôle : saisir, le plus discrètement possible, des scènes essentielles d’un film en tournage. Ce qu’il fait régulièrement pour Guillaume Canet, Jean Dujardin ou Isabelle Adjani.

Anaïs Ondet confrontée à des tags colorés./Photo C31
Plusieurs jeunes photographes ont les honneurs du festival Map. Citons la Toulousaine Anaïs Ondet qui s’est intéressée aux « Filles du coin » lors d’une résidence en Normandie. Il y a beaucoup de tendresse dans son regard, une attention profonde à l’égard de « Celles qui n’ont pas peur du calme ».
5 photographes face à « l’exil, les inégalités et la violence »
Le reportage social, on le retrouve dans le cadre du PhotoBridge Project, réunion de neuf récits photographiques « réalisés auprès de femmes, de jeunes et de communautés engagées dans des contextes marqués par l’exil, les inégalités, les violences ou les bouleversements climatiques ». 5 photographes, Guillaume Binet, Agnès Dherbeys, Olivier Jobard, Chloé Sharrock et Véronique de Viguerie se sont rendu au Sri Lanka, aux Etats-Unis, en Syrie, en Haïti ou en Inde pour témoigner d’une dure réalité qui ouvre cependant la possibilité d’un peu d’espoir. Leur œuvre collective est non seulement admirable mais aussi esthétiquement très aboutie.

Le cabinet de curiosités de Philippe-Gérard Dupuy./Photo C31
Enfin, on ne manquera pas, dans une petite salle, le « cabinet de curiosités » du Toulousain Philippe-Gérard Dupuy (1948-2025), qui fut photographe, éditeur, galeriste et enseignant et auquel ses amis rendent hommage. Son univers était à la fois poétique, étrange et humoristique. Il mérite d’être redécouvert…47 ans après l’exposition que lui avait consacré Jean Dieuzaide – ici joliment portraituré – au Château d’Eau.
Festival Map Toulouse, jusqu’au 27 septembre à la caserne Jacques-Vion, Toulouse. Gratuit.


