Quand on ne vient pas de Toulouse, on passe son temps à découvrir. C’est mon cas. Et trois semaines après avoir quitté la Prairie des Filtres, il y a quelque chose qui s’accroche, qui ne veut pas partir. Alors autant creuser : une fois les scènes démontées et la Garonne redevenue silencieuse, qu’est-ce qui reste vraiment ?

©William Wartel
Sur le papier, l’idée paraît simple, presque banale : une île, un fleuve, des soirées chaudes, de la musique, de quoi manger et boire. Du classique ? Non. Dès qu’on arrive, on sent une énergie. Les gens sourient. Il y a des familles, des bandes d’amis, des badauds venus voir. Et puis, à mesure que le temps passe, on s’enfonce dans quelque chose de plus profond, une chaleur qui, personnellement, me rappelle les anciennes Déferlantes, celles du château de Valmy à Argelès. Ceux qui connaissent voient de quoi je parle. D’un côté, l’électro (ou l’électrique ?), en tout cas ça chauffe. Une petite scène au milieu, qui est déjà bien grande. Une grande scène côté Pont-Neuf, qui est en réalité immense.
Cette année, le festival s’appelait « Insulae ». Des îles. Non pas comme des cailloux perdus et isolés, mais comme des territoires de création, de résistance et de métissage. « Nous avons tous besoin d’îles comme d’un besoin de liberté », résume Fabien, le directeur général. Sur place, la formule prend tout son sens : pendant cinq jours, la Prairie des Filtres est devenue un ailleurs. Rappelons le : nous sommes au bord de l’eau.

© William Wartel
La programmation n’était inconnue à personne. Deux moments m’ont marqué. Le mercredi soir, d’abord, avec Imany et puis, le dimanche soir, l’unité du public devant Ky-Mani Marley.
Mais Rio Loco, ce n’est pas que les scènes. Pas de chichi : j’attrape une crêpe au Nutella (excellentes, ces crêpes, soit dit en passant) et je me balade avec William, mon photographe. Un peu plus loin, une petite fille plaide avec ferveur auprès de sa mère pour aller rendre visite à une sculpture de baleine géante posée au milieu de l’île. La maman finit par céder.
Cette baleine, elle n’est pas là par hasard. Fabriquée à partir de plastiques ramassés dans Toulouse, imaginée avec vingt-quatre classes de la ville, elle transforme nos déchets en lumière.
Je me dirige ensuite vers la zone électro. Les gens ont le sourire, la DJette du moment fait monter la température. William, se retourne et me montre une zone disposée en arc de cercle, presque un amphithéâtre. Là gisent toutes les affiches de Rio Loco, année après année. Rio Loco, qui s’appelait « Garonne » à sa création, existe depuis les années 90. Les affiches, elles, ont toujours été belles, celle de cette année, signée Ruliano des Bois (Julien Jaffré) ne fait pas exception.
Je vais me faire servir une bière. Il y a de l’attente, mais l’ambiance est bonne. Je me retourne : mais quel monde ! C’est ahurissant. J’étais déjà venu, plus légèrement, il y a quelque temps, mais ce n’était pas ça. Tout le monde le dit : « ça en fait, du monde ! » Les chiffres ne mentent pas : 100 479 personnes au total.
Alors, trois semaines plus tard, que reste-t-il ? La sensation d’avoir posé le pied sur une île qui n’existe que cinq jours par an. Je ne suis toujours pas Toulousain, mais quelque chose me dit que l’année prochaine je reviendrai en connaisseur.
• Photos : William Wartel







