Cela fait maintenant près de quinze années que Grands Interprètes intervient au CHU de Toulouse en animant des pauses musicales à l’attention des patients et des soignants, mettant ainsi en lumière les valeurs qui sous-tendent cette association : ouverture, partage, inclusion et humanité. A l’occasion de la signature de la convention entre ces deux institutions afin de poursuivre ce parcours, nous avons rencontré Catherine d’Argoubet (Responsable des actions solidaires) et Nathalie Coffignal, (Responsable des partenariats et du mécénat aux Grands Interprètes). Nous avons également donné la parole à Mathilde Ratineaud (Directrice de la Communication et de la Culture du CHU de Toulouse), ainsi qu’à Agathe Rivemale (Responsable de la Culture du CHU de Toulouse) et au jeune guitariste Rafaël Leger, originaire de Loubens-Lauragais, en fin d’études à l’IsdaT de Toulouse qui a donné un récital ce jour-là dans le Hall du bâtiment Urgences-Réanimation-Médecines sur le site de Purpan.
Rencontres…plurielles.

Rafaël Leger en concert au CHU Toulouse Purpan (juin 2026) © CHU de Purpan
Culture 31 : Vous renouvelez la convention liant Grands Interprètes et le CHU de Toulouse. Depuis quand intervenez-vous dans ce cadre ?
Catherine d’Argoubet : L’Association Grands Interprètes a initié cette convention alors que sa Présidente était pédiatre à l’Hôpital. Au départ nos actions étaient exclusivement destinées aux enfants et se déroulaient dans l’Auditorium Philippe Noiret de l’Hôpital des enfants. A l’ouverture du bâtiment Urgences-Réanimation-Médecines, toujours sur le site de Purpan, nous avons décidé de nous orienter vers les adultes, qu’ils soient patients, personnels soignants et administratifs, mais également vers les familles des personnes hospitalisées. C’est un lieu formidable, ouvert à tous, un endroit de rencontres et d’échanges extraordinaires, en dehors de tout formalisme et autre protocole liés souvent au rite du concert. Ce sont des moments très énergisants, paisibles, de ressourcement, un peu hors du temps.
Quel est le contenu de cette action culturelle ?
Ce n’est pas vraiment une activité de médiation dans le sens le plus strict du terme mais un échange entre le public et les artistes qui se produisent. Nous ne sommes pas ici dans une activité purement pédagogique. D’ailleurs, à l’Hôpital, les responsables nomment ces moments « L’intermède musical ». Elles doivent être avant tout joyeuses et légères. Bien sûr les enfants, patients ou pas, y compris ceux des soignants, car il existe une crèche au sein de l’hôpital, peuvent en profiter. Parfois les concerts sont filmés et diffusés dans les chambres de malades difficiles à déplacer. Pour en revenir à votre question plus précisément, le contenu est très varié et ne répond pas à un modèle prédéfini. Nous faisons venir des artistes qui se produisent dans le cadre de la saison de Grands Interprètes, qu’ils soient, par exemple, chanteur d’opéra, marimbiste, pianiste, accordéoniste, guitariste. Ces pauses se déroulent entre midi et 14h. Cela fait 15 ans à présent que nous apportons notre contribution au bien-être du public. Il nous est même arrivé d’externaliser cette pause musicale en invitant des enfants du service de pédopsychiatrie à venir assister à une rencontre musicale à la Halle aux grains avec Bertrand Chamayou et Sol Gabetta notamment.

Thomas Enhco et Vassilena Serafimova © Nathalie Coffignal
En quoi cet axe d’activité est-il important pour votre association ?
Nous sommes une association privée et non pas de service public. C’est important de le souligner. Sans que cela relève de la moindre obligation, cette action s’est imposée à toute l’équipe de Grands Interprètes. Nous l’avons débuté puis développé envers différents publics : maisons de retraite, milieu rural, des scolaires et des étudiants également. Mais attention, point de ghetto ici, tout le monde est invité à assister à ces pauses, et cela est fabuleusement enrichissant. Tout en s’entourant des meilleurs artistes. Les projets auxquels nous travaillons résultent d’une conjonction faite d’un public, d’un artiste, parfois d’un médiateur. Nous débriefons ensuite avec les encadrants afin d’évaluer la pertinence de notre intervention et remettons le travail sur la table. C’est un vrai work in progress afin de nous améliorer en permanence.
Comment présentez-vous cette participation aux artistes que vous invitez ?
Les réactions sont très favorables. Notre monde actuel a fait voler en éclat les théâtres, salles de concert et autres lieux prédéfinis pour écouter de la musique. Les artistes sont sensibles à ces rencontres. Pour certains, ayant fait leurs études dans des pays anglo-saxons, aller jouer dans un ehpad ou un hôpital est intégré dans leur cursus. Ces actions sont offertes gracieusement au public et tous les artistes sont rémunérés.
Vous recevez souvent des artistes qui ne sont que de passage à Toulouse. Comment faites-vous pour les mobiliser ?
C’est un vrai sujet. En fait cela se prépare très en amont avec les artistes. Nous choisissons les musiciens en fonction de la thématique envisagée et qui sont les plus à même d’interagir avec le public. Les artistes sont amenés à proposer un autre répertoire que celui pour lequel ils sont les invités de Grands Interprètes. Par exemple le guitariste Thibaut Garcia jouait les Variations Goldberg dans le cadre de la saison de Grands Interprètes. Il a donc proposé un programme différent et plus adapté. Tout cela résulte d’une communication préparatoire indispensable en amont.

Thibaut Garcia © Willam Wartel
Quel est le mécène de cette médiation culturelle ?
Nathalie Coffignal : AXA a été le mécène historique de ces interventions au CHU de Purpan. Ils nous ont permis de débuter cette aventure. Aujourd’hui, et depuis 6 ans, c’est la Caisse des Dépôts qui nous accompagne avec une grande fidélité et toujours beaucoup d’enthousiasme.
Quels sont les derniers artistes que vous avez sollicités pour cette action ?
Nous le citions tout l’heure, le guitariste toulousain Thibaut Garcia, la pianiste Vanessa Wagner, la soprano Marie-Laure Garnier, le pianiste Thomas Enhco en duo avec Vassilena Serafimova au marimba et bien d’autres….
En terme de médiation culturelle, ou de pause musicale, Grands Interprètes s’adresse-t-il à d’autres publics ?
Nous avons ébauché le sujet un peu plus haut. Il est temps d’y revenir. Effectivement nous avons de très nombreuses actions en dehors de notre saison musicale à la Halle aux grains. Nous sommes très proches de certaines associations, nous nous produisons également dans le cadre universitaire, dans les quartiers. Il arrive aussi parfois que ce soit nos partenaires qui orientent leur participation en fonction de leurs engagements. L’échange est permanent. Mais tout cela demande, vous l’avez compris, des valeurs partagées, et n’est possible que grâce à la formidable synergie que développe toute l’équipe de Grands Interprètes.

Vanessa Wagner en concert au CHU Toulouse Purpan (septembre 2023) © Benoit Gibert
Vous venez signer une convention qui lie le CHU de Toulouse et l’Association Grands Interprètes depuis 2012.
Mathilde Ratineaud : Effectivement, nous venons d’ancrer, par une convention, presque 15 ans de partenariat entre le CHU de Toulouse et l’Association Grands Interprètes.
Grace aux Grands Interprètes, le CHU a pu proposer à ses patients et ses professionnels une programmation remarquable, incarnée aujourd’hui par l’artiste Rafaël Léger.
La Culture est partout au CHU. En 2025, nous avons proposé plus de 400 interventions. Le CHU est très impliqué, la culture est d’ailleurs inscrite au Projet d’établissement. Signer cette convention avec Grands Interprètes est particulièrement chargé de sens.
Quels sont les retours que vous adressent vos patients ainsi que toutes les personnes qui assistent à ces pauses musicales ? Qu’en déduisez-vous ?
Agathe Rivemale : Tous et toutes sont unanimes à reconnaître le bienfondé de ces pauses musicales, mais également leur bénéfice autant auprès des patients que des professionnels du CHU. Elles sont qualifiées de parenthèses dans leur journée, ce sont des respirations bienvenues. Quand on est spectateur d’un concert c’est une porte ouverte sur la vie, sur l’extérieur. Cela permet de laisser au sol les bagages du stress, parfois de la douleur ou simplement de se laisser porter par la musique. Il n’est pas rare que certains services rebondissent sur ces temps musicaux et initient d’autres projets culturels au cœur de leur unité.
Comment la « population » du CHU est elle prévenue de ces pauses musicales ?
MR : Intranet, mails, affichage et réseaux sociaux : nous faisons en sorte d’informer largement les professionnels, nos patients et leurs familles! Il nous arrive également d’ouvrir au grand public et d’inviter les Toulousains car la culture se vit et se partage aussi au cœur de l’hôpital.

Signature de la convention entre le CHU de Toulouse / Mathilde Ratineaud (Directrice de la communication du CHU de Toulouse) et Les Grands Interprètes / Marie Déqué (membre du Conseil d’Administration de Grands Interprètes)
Culture 31 : Depuis 2024, vous amenez, à l’occasion, la musique dans les territoires et cela vous tient à cœur. Est-ce la première fois que vous jouez en milieu hospitalier ?
Rafaël Leger : En fait c’est la deuxième fois que je joue au CHU de Toulouse devant ses patients et son personnel.

Rafaël Leger en concert au CHU Toulouse Purpan (juin 2026) © CHU de Purpan
Vous qui avez plutôt l’habitude de vous produire dans des salles prédestinées à la musique classique, quel est votre ressenti dans un tel lieu ?
Jouer de la guitare dans un hall de passage, qui plus est d’un hôpital, est un exercice très singulier. Cela dit je prépare mon intervention comme pour chacun de mes concerts. Ici je réfléchis plus précisément à mon programme car le public est particulier. J’ai choisi pour aujourd’hui de la musique qui fait écho avec l’Amérique latine. Pour en revenir à votre question quant à mon ressenti, je dois reconnaitre que c’est un lieu chargé de vibrations contraires, parmi lesquelles l’espoir se conjugue parfois à la douleur. Je pense qu’il m’appartient d’apporter du mouvement, de la gaieté, de la lumière dans mon programme et dans mon interprétation. Je suis persuadé, que ce soit pour dix minutes ou trois quarts d’heure, qu’écouter de la musique constitue une échappatoire salutaire et permet de retourner ainsi à son quotidien sensiblement transformé. J’ai souhaité terminer avec un bis qui s’accorde à merveille non seulement à l‘acoustique de cet endroit mais également à mon instrument. Cette Gnossienne n°1 d’Erik Satie m’a permis de prendre congé du public dans un climat particulièrement serein et apaisé. C’était le but.
• Grands Interprètes, un Cycle qui porte bien son nom
• Les Grands Interprètes version jazz
Mécénat / Cercle des Grands Interprètes
Nathalie Coffignal
ncoffignal@grandsinterpretes.com
Tel. : 05 61 21 09 61 • Linkedin


