CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle aux grains, le 30 mai 2026. BEETHOVEN: Concerto pour Piano n°4; MAHLER: Symphonie n° 6 « Tragique » . Alexandre Kantorow, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse, Tarmo Peltokoski (direction)
Alexandre Kantorow le magnifique

Ce soir Toulouse a vécu un incroyable concert donné devant une salle pleine et qui a suscité un grand enthousiasme. Alexandre Kantorow reste le sublime interprète de la soirée que le public sait trouver à chaque concert. La rencontre avec Tarmo Peltokoski Jeune chef directeur de l’orchestre du Capitole était attendue. Nous attendions également le quatrième concerto de Beethoven par Alexandre depuis les Journées Musicales de Nîmes à l’été 2025. Lors du concert final le pianiste nous avait gratifié de la fin du concerto avec un mouvement lent de rêve et un final flamboyant.
Il aborde ce quatrième concerto avec imagination et fantaisie, un jeu souverain, des couleurs somptueuses et des nuance superbes. Les traits peuvent être à la fois virtuoses et malicieux. La beauté de ses sonorités est un véritable feu d’artifice. L’évidence du propos prouve sa compréhension intime de Beethoven. Le deuxième mouvement est joué avec une simplicité déroutante : il amene un orchestre d’une rare brutalité à le rejoindre dans la musique la plus pure. A lui tout seul il donne à ce mouvement sa dimension mythique : Orphée attendrissant cerbère.

Le final qui peut caracoler et dans une facétie partagée faire dialoguer soliste, chef et musiciens n’a pas été le bouquet final attendu. Une question demeurera tout du long :
Comment ce rendez-vous de deux jeunes musiciens a-t-il pu être si peu abouti ?
Tarmo Peltokoski a gardé une battue brutale et peu nuancée et n’a pas dialogué malicieusement avec le pianiste. Le forte a été la nuance presque unique de l’orchestre. Le public a été enthousiasmé par le jeu souverain et généreux d’Alexandre Kantorow et lui a fait une très longue ovation. Le bis que le jeune pianiste prodige nous a proposé restera dans les mémoires. Cette paraphrase absolument sidérante de la fin de Tristan débutant avec des accords d’une rare noirceur. Puis il nous a fait gagner la lumière spatiale de la transfiguration d’Isolde comme avec la plus belle cantatrice. La chant éperdu de Kantorow, la profondeur des accords, la puissance de sa main gauche nous ont offert un orchestre et un chant wagnérien sublimes. Et quelles couleurs sous le doigts du pianiste ! Les qualités musicale inouïes ont complètement sidéré le public comme les musiciens de l’orchestre. Jamais un entracte n’aura été aussi nécessaire pour redescendre sur terre.
Car la deuxième partie du concert comprenait la sixième symphonie de Mahler qui ouvre un univers très éloigné. Cette symphonie est plus difficile qu’il n’y parait et le jeune maestro s’y est un peu fourvoyé. Il nous a proposé une version très enthousiaste, peu maitrisée parfois confuse. L’orchestre du Capitole a été d’une splendeur sonore inouïe. Le cor solo a été de toute beauté. Les cuivres ont été rutilants et les gros cuivres très impressionnants. Le Celesta particulièrement expressif. Évidemment les bois si subtils de l’orchestre du Capitole ont été merveilleux. Les cordes pourtant en nombre et vaillantes ont quelquefois été couvertes par les cuivres.
L’enthousiasme de Tarmo Peltokoski est grand, il a des gestes démonstratifs et ne cache pas son plaisir à diriger un orchestre si conséquent. Plus d’un a regretté un propos peu mahlérien. En effet si la grandeur a été présente ce sont les moments de tendresse et de sarcasme qui ont manqué. Les couleurs rutilantes de l’orchestre ont été impressionnantes, les forte ont été à la limite de la saturation, mais nous avons eu à côté bien peu de nuances, pas de mystère ni de couleurs subtiles. Le public a acclamé un superbe orchestre bien mis en valeur mais les subtilités de la sixième symphonie surtitrée « Tragique » n’ont pas été interprétées ce soir. Un peu comme une répétition générale…
Le concert à Paris à La Philharmonie le 2 juin, est lui également affiché complet, espérons qu’il sera plus abouti.
Hubert Stoecklin
Photo : R.Alcaraz
