Le 23e album de Bernard Lavilliers sort le 23 octobre. Il ne compte pas 23 chansons mais 12 qui tiennent diablement la route. A l’écoute de « Rite cruel », on constate que ce bougre de Stéphanois a toujours cette voix grave et impressionnante portant des mots ciselés qui nous touchent profondément. Sans oublier des mélodies qui naviguent aisément entre ballades sud-américaines, rumba zaïroise et rocks bien aiguisés. Bernard Lavilliers partira en tournée le 22 janvier 2027. Il sera en concert au Zénith de Toulouse le 29 mai.

Bernard Lavilliers. Photo Yann Orhan
On pourrait commencer par « Coriace », le début très politique d’un album souvent direct comme un uppercut mais réservant aussi de larges plages de tendresse. Optons donc pour le second versant avec « Samarcande », chanson dans laquelle l’enfant que fut Bernard Lavilliers fait « tourner la mappemonde », « loin des barbelés et des frontières », nous promenant « de Salvador à Rio », « d’Alexandrie à Valparaiso » (et ailleurs aussi) au fil d’une mélodie rêveuse, composée par Michaël Lapie. Le morceau démarre guitare-voix avant que les violons se glissent aux côtés du chanteur. On retrouve « le charme troublant de cette voix/Qui semble venir des eaux profondes/De l’Atlantide, de l’au-delà ». L’immense chanson « Betty » (1981) se rappelle à notre souvenir quand « Samarcande » déploie ses ailes. Le propos est différent mais l’émotion toute pareille. Cet appel au voyage est si fort et si beau qu’il nous tire des larmes. Un sommet.
Brésil mythique et chansons d’amour
D’autres moments de douceur nous sont offerts par Bernard Lavilliers. « Soño », composé par le Brésilien Ricardo Vilas, nous raconte une ville de La Havane « squelettique » et « faisant semblant de danser ». On y suit « deux amants devant la mer » qui rêvent de fuir, sans garantie pour leur avenir. La mélancolie est tenace, les violons là encore d’une pure délicatesse. Le même tandem a imaginé « Rio no inverno », à savoir « Rio en hiver » où « perdu dans les nuages, Corcovado s’endort ». Dans ce Brésil mythique, l’accordéon qui nous prend aux tripes se marie merveilleusement aux guitares acoustiques.
Même ambiance sur « Les belles chansons d’amour », dont la musique a été composée avec Xavier Tribolet. Bernard Lavilliers, une fois n’est pas coutume, joue avec la nostalgie, regrettant, de sa voix de somptueux crooner, que soient « parties en fumée les mélodies de velours/Les violons lacés, photos délavées, baisers envolés/Perdus ».
« Le bruit lointain des armes »
Impossible de ne pas citer aussi « Berceuse des enfants d’Europe », avec laquelle le chanteur exprime son goût pour les grands textes, ici un poème écrit par le Résistant Louis Cauchois (un pseudonyme jamais élucidé) et mis en musique par Bernard Lavilliers et Michaël Lapie. Une mère prend son enfant dans les bras et l’incite à dormir pour ne pas entendre « le bruit lointain des armes » sur une Terre devenue « folle ». Angoisses d’hier qui ressurgissent malheureusement aujourd’hui. Dans une autre chanson, « Rite cruel », les cuivres imaginés par le musicien Fred Pallem s’accordent avec une vision existentielle collant à la peau de Bernard Lavilliers : « Se battre avec des mots pour changer d’atmosphère/Pour arrêter la guerre ». Tant qu’il y a un peu d’espoir…
« Il faut être coriace pour tenir/Il faut être solide pour agir »
Chroniqueur du temps présent, acerbe et virulent, Bernard Lavilliers s’inquiète de voir que tout est « A vendre » (« le pur, l’infâme, la joie, la peine, Jésus, Satan… ») dans un pur rock’n’roll composé par le décidemment incontournable Michaël Lapie. Et de constater, comme en miroir de ce qu’ont vécu les grandes villes récemment : « Même la colère tu l’as perdue/Reste la haine au coin des rues ».
Revenons enfin à l’amorce de l’album et au titre « Coriace », dont l’intro à la guitare de Michaël Lapie (n’en jetez plus !) ressemble étrangement à celle du Alan Parsons Project sur « Eye in the Sky » (1982). On en retiendra surtout un autre message fort de Bernard Lavilliers : « Il faut être coriace pour tenir/Il faut être solide pour agir/La musique nous tient, nous inspire ».
On ne saurait mieux dire.
Album « Rite cruel », sortie vendredi 23 octobre.
Bernard Lavilliers en concert samedi 29 mai 2027 au Zénith de Toulouse. Tarifs : de 39 à 68 euros.

Georges Baux, fidèle complice toulousain
Depuis des années, il n’est pas un album de Bernard Lavilliers où le musicien et arrangeur toulousain Georges Baux n’ait pas mis sa patte. Le plus souvent, cela débute avec les premières prises de voix, celle du chanteur étant un magnifique instrument. Sur l’album « Rite cruel », Georges Baux a participé à la composition de « Kinshasa », autre pièce maîtresse du disque. Il a aussi assuré la réalisation artistique avec Fred Pallem et joué des percussions sur le morceau (1). Cette chanson, gorgée de chœurs féminins, chaloupe formidablement bien ; nous incitant à bouger, bien que le fond de l’histoire soit très sombre – sur l’exploitation minière et la non-redistribution des richesses. En concert ce « Kinshasa » -là devrait remuer les foules.
Les autres réalisateurs des diverses chansons sont : Victor le Masne, Michaël Lapie, Cyrille Aufort et Xavier Tribolet. Sylvain Taillet a assuré la direction artistique et la production exécutive.

