Fausse note un film d’Alexandre Arcady
Vers la fin du siècle dernier, un chef d’orchestre allemand, célébrissime, Alexandre Miller, dirige son dernier concert à Paris, à l’Opéra-Comique, avant de revenir dans sa mère-patrie. Au programme, la 7éme de Beethoven. Dans la salle, avant et après le concert, Nathan, un fan, le poursuit de ses assiduités, qui pour une dédicace, qui pour une photo. Il finit d’ailleurs par se faire enfermer dans le théâtre, alors que tout le monde est parti, et fait irruption dans la loge du maestro qui s’apprêtait à quitter les lieux. Ce dernier menace d’appeler la police devant ce qu’il considère comme un véritable harcèlement. Mais là l’affaire se complique. Nathan prétend le connaître et vice-versa. Au bout d’un huis clos étouffant et anxiogène, Alexandre Miller finit par faire le lien. Celui-ci va le ramener à sa jeunesse, alors qu’il vivait avec son père, officier supérieur d’un camp de concentration. Inutile d’aller plus loin dans l’explication du suspense. Cette adaptation relativement libre de la pièce de théâtre de Didier Caron (2017) creuse des thèmes d’une complexité philosophique. Est-on toujours responsables de ses actes ? Peut-on dissocier l’homme de l’artiste ? Le pardon est-il possible ?

Kad Merad (Nathan) et Benoît Poelvoorde (Alexandre) – Crédit : Moonlight Distribution
Alexandre Arcady a choisi, et c’est un vrai pari, pour incarner ces deux personnages intensément dramatiques, deux comédiens connus plus particulièrement dans leur répertoire comique : Kad Merad (Nathan) et Benoît Poelvoorde (Alexandre). Ce choix se révèle-t-il probant ? La réponse est dans la question. Omniprésent, voire envahissant sur nos écrans dans différents répertoires, Kad Merad est difficile à suivre en terme d’incarnation. Son jeu, son langage se stéréotypent dangereusement. Quant à Benoît Poelvoorde, son statut de chef d’orchestre, surtout lorsqu’il est au pupitre, ne fait pas illusion, mis à part ses homérique colères (un cliché porté à un plus haut niveau par Louis de Funès). Seuls ses regards de bête traquée lorsque la mémoire lui revient font apparaître l’horreur à l’état pur. L’irruption au sein de la BO du chœur des pèlerins du Tannhäuser de Richard Wagner, ceux-là même qui vont à Rome implorer le pardon papal, semble répondre à certaine question…
Un film ambitieux et un challenge pas tout à fait tenu.

