Chaque mercredi, on rend hommage à un grand classique du cinéma. A voir ou à revoir.
Gun Crazy de Joseph H. Lewis
Spécialiste de la série B, Joseph H. Lewis a signé avec Gun Crazy (connu aussi par son titre français Le Démon des armes), sorti en 1950, un film noir devenu au fil du temps un classique à l’influence décisive. Fasciné par les armes à feu depuis sa plus petite enfance, mais répugnant à s’en servir contre les êtres vivants depuis le jour où il tua un poussin avec une carabine à plomb, Bart Tare est envoyé en maison de correction à l’âge de quatorze ans pour avoir volé un revolver dans une armurerie.

Après avoir purgé sa peine et effectué son service militaire, il revient dans sa petite ville natale où séjourne une troupe de forains. Là, il défie une jeune femme, Laurie Starr, qui effectue un numéro de tir. Impressionnée par son adresse, elle le fait engager dans le cirque. Les deux as de la gâchette tombent amoureux, quittent la troupe, se marient, mais l’argent vient à manquer. Poussé par Laurie, Bart va se résoudre à commettre des braquages toujours plus audacieux…
Couple inoubliable
S’il n’est pas le premier film à mettre en scène un couple en cavale (on pense ainsi à J’ai le droit de vivre de Fritz Lang ou aux Amants de la nuit de Nicholas Ray), Gun Crazy frappe par sa singularité narrative et formelle, la complexité de ses personnages, la façon dont le cinéaste a compensé le manque de moyens par une inventivité constante. Des surréalistes (qui voyaient dans le film une illustration de « l’amour fou ») à Jean-Luc Godard (dont A bout de souffle évoque par certains aspects l’œuvre de Joseph H. Lewis), Gun Crazy – passé inaperçu lors de sa sortie – gagna peu à peu sa cohorte d’admirateurs et par là même le statut de film culte.

Usant de l’ellipse et du plan séquence, le cinéaste privilégie la vitesse sans négliger pour autant des moments de latence et des scènes éclairant les angoisses comme les aspirations du tandem. Bart, rongé par la culpabilité, est un braqueur paradoxal n’aimant pas la violence et conservant des valeurs morales quand Laurie assume son goût de l’argent et son absence de scrupules. John Dall (vu dans La Corde d’Hitchcock) et Peggy Cummins (dont le béret sera repris par Faye Dunaway dans Bonnie & Clyde) campent un couple assez inoubliable jusque dans la scène finale où l’abstraction et la poésie s’invitent.
LES FILMS QU’IL FAUT AVOIR VUS

























































































































































































































































