Justin le Juste un film d’Éric Barbier
La guerre et son cortège d’horreurs, ce n’est hélas pas nouveau au cinéma. L’adaptation, très libre, que fait Eric Barbier du roman éponyme de Jean Pompougnac, paru en 1967, nous les dépeint façon fable satirique et de portée universelle.

Alban Ivanov (Justin) – Crédit : Julien Panié
1915. Le scénario nous met en présence d’une famille de pauvres paysans pressurée par un propriétaire sans foi ni loi. Il y a la mère, Justin son fils et son petit-fils, la maman de ce dernier a « crevé », comme il se dit dans cet endroit reculé de la campagne française. Tellement reculé d’ailleurs que, lorsque le curé et un officier viennent réquisitionner Justin pour l’envoyer au front, celui-ci n’est même pas au courant du conflit qui ensanglante l’Europe. Peu importe la situation familiale, direction les tranchées. Tout éberlué par ce qu’il voit, Justin n’a qu’une envie, retourner à sa ferme. Il s’enfuit et, en forêt, tombe sur la carcasse d’un avion allemand accidenté. A l’intérieur, le pilote est seulement blessé. Justin ne comprend toujours pas les données de cette guerre et, brave homme, confectionne un brancard de fortune pour ramener le pilote dans le camp allemand. Un moment, Justin devient une gloire… germaine. Cela ne durera pas. Accusé d’espionnage il est emprisonné avec Basile, un tirailleur sénégalais. Malin et courageux, Justin va le faire évader à sa suite. Rattrapés par l’armée française, retour dans les tranchées. La seconde partie du film se joue là car Basile va fomenter une rébellion et refuser de monter à l’assaut. Les hauts gradés apprenant cela, le bataillon est mis sous les verrous dans l’attente du passage en cours martiale de quatre d’entre eux tirés au sort. Le peloton d’exécution les attend. Pour l’exemple. C’est sans compter sur Justin….
Même si le récit relève ici de la fable, l’Histoire nous révèle que plus de 600 soldats français furent véritablement fusillés…. pour l’exemple, alors que jamais le terme inhumain de « chair à canon » ne fut aussi vérifié dans les faits.
La reconstitution historique, décors et costumes, est superlative. La direction d’acteur d’une belle précision, le montage est vigoureux. Le casting fait la part belle à Alban Ivanov, Justin d’une candeur stupéfiante n’occultant en rien un courage exemplaire jusqu’à ce que celui-ci se transforme ensuite en une colère dévastatrice. Basile n’est autre que Birane Ba, pensionnaire de la Comédie-Française, toujours aussi précis. Alexandra Lamy est la journaliste qui fera éclater le scandale dans le Canard Enchaîné de l’époque. Enfin, dans le rôle d’une vieille baderne galonnée prompte à envoyer les soldats au front, Thierry Hancisse (Colonel Joyard) est littéralement terrifiant.
Mais au-delà de tout, ce film nous interpelle car Justin, c’est nous, le commun, le vulgaire, celui qui n’a rien à voir avec les conflits planétaires sauf à en payer les pots cassés. Dans cette fable, Justin se rebelle…. On aimerait tant y croire !

