Sensation, hors compétition, du dernier Festival de Cannes, « Jim Queen », de Marco Nguyen et Nicolas Athané, part d’une idée qui fait mouche, à savoir une épidémie qui transforme les homos en hétéros. Et tire son fil narratif, jusqu’au bout, sans mollir, dans une déferlante de musique, de gags et de situations hallucinantes et hilarantes.

Lucien et son idole Jim Parfait. Photo The Jokers Films
Le cinéma d’animation ne se résume pas aux petits Mickey et au fantastique japonais. En France particulièrement, dans des registres très divers. Au printemps, le très réussi « Planètes », de Momoko Seto, nous faisait suivre le voyage extraordinaire de quelques brins de pissenlits portés par le vent. Et voici que le genre se dévergonde avec « Jim Queen », présenté le mois dernier au Festival de Cannes en Séance de minuit, programmation certes plus adaptée qu’une matinée pour écoliers. Car le film de Marco Nguyen et Nicolas Athané n’est pas à mettre entre toutes les mains, ou plutôt devant tous les yeux. On a d’ailleurs vu une jeune mère de famille quitter la salle prématurément en compagnie de sa fille pré-ado. Elles pensaient peut-être voir la nouvelle production des studios toulousains TAT ; elles se sont bien trompées !
Disco et biscotos
Démarrant très fort dans une immense discothèque, « Jim Queen » nous plonge sans ménagement dans un monde intensément homosexuel, celui des adeptes du disco et des biscotos, dont l’idole est l’influenceur Jim Parfait. Il y a de la sueur, des corps qui se frottent, du sexe à tous les étages. Les réalisateurs (et leurs co-scénaristes Simon Balteaux et Brice Chevillard) s’amusent avec les clichés de la virilité outrancière avant de montrer d’autres familles gay comme les « bears », ces gros nounours qui ne jurent que par les poils et la bière ou les « drag », ces poupées ultra maquillées qui poussent très loin les codes de la féminité exacerbée. Même s’il demande quelques notions, au moins sociologiques, sur le sujet, « Jim Queen » développe un humour accessible à tous. Alors qu’une épidémie ramène les homosexuels sur les rives de l’hétérosexualité, Lucien, « jeune puceau de 23 ans » couvé par sa maman (la méchante du film, sorte de Cruella bien coincée…et ministre de la santé) découvre comme le spectateur lambda un univers haut en couleur, à la fois tentateur et effrayant.
Les joies et les dérives du sexe
Les réalisateurs se moquent avec une certaine tendresse des rites et des codes de leurs personnages. Ils ont le sens de la blague qui fait mouche, du gag inattendu, du comique de situation bien senti. Une réplique comme « Oh ! non, pas le lundi ! » devrait devenir culte. Quant au « Allez la France !» lancé par des caricatures de néo-hétéros fans de foot, il tombe pile-poil dans l’actualité. « Jim Queen » prend des tournures hilarantes quand il assure la défense et l’illustration du plaisir prostatique. Mais Marco Nguyen et Nicolas Athané savent aussi se faire plus graves quand ils évoquent les drames qui accompagnent l’homophobie ou les dérives mortifères des drogués du sexe. Dans un cocktail explosif où la musique joue un rôle essentiel. Avec du disco – et du bon – à fond les ballons, mais aussi un hommage drôlissime à Céline Dion (et Jean-Jacques Goldman) via une « battle » déchaînée sur le tube « J’irai où tu iras ». Mais n’en révélons pas plus : « Jim Queen » regorge de ces moments à la fois délirants et percutants, dont certains, sans doute, nous aurons échappé, tant le film file à mille à l’heure. De quoi créer un début d’accoutumance à cette comédie qui fait des étincelles !
« Jim Queen », de Marco Nguyen et Nicolas Athané, actuellement au cinéma. »

