Chaque semaine, on vous invite à lire une nouveauté, un classique ou un livre à redécouvrir.
Deux nuits à Lisbonne de Chris Pavone
Alors que son nouveau roman, l’excellent Le portier, est paru le 14 mai, on peut retrouver Chris Pavone avec Deux nuits à Lisbonne qui vient de sortir en poche. Un couple d’Américains, Ariel Pryce et John Wright, sont de passage à Lisbonne. Lui pour affaire, elle pour l’accompagner. Le lendemain matin de leur arrivée, Ariel se réveille seule. Son mari ne répond pas au téléphone et semble avoir disparu. La police locale et l’ambassade américaine ne s’inquiètent guère jusqu’à ce qu’une demande de rançon de trois millions de dollars parvienne à Ariel. Celle-ci va devoir renouer avec sa vie d’avant – chez les ultra-riches de New York – qu’elle avait fuie pour rassembler la somme.

Chris Pavone © Sam McIntosh
La disparition d’un conjoint dans une ville étrangère : le cinéma et la télévision ont usé ce procédé jusqu’à la corde, mais Chris Pavone réussit à lui donner une nouvelle jeunesse et du nerf grâce à son art du retournement. Un tandem de policiers portugais, un journaliste d’investigation et l’antenne lisboète de la CIA se lancent dans l’enquête. Et si ce couple apparemment sans histoires était moins lisse qu’il n’y paraît ? Pourquoi tous deux ont-ils changé de nom ? Que savent-ils de leur passé respectif ?
Manipulations
Si Chris Pavone maîtrise à la perfection l’art du thriller, ses romans possèdent par ailleurs une dimension socio-politique et posent un regard décapant sur l’époque. L’ironie n’est pas non plus absente sous sa plume. A propos d’Ariel qui avait quitté New-York pour ouvrir un café-librairie et acheter une ferme à la campagne, il note : « Le progrès était en marche et elle n’était pas sûre de vouloir en être. D’abord, il y avait eu les néoruraux las du stress citadin, fervents adeptes du compostage et du paillis, puis les hipsters, et bientôt ce serait le tour de la faune en Range Rover noir – son milieu d’autrefois. » Ailleurs, les dommages collatéraux d’Internet et de la numérisation sont parfaitement ciblés : « les effets toxiques des réseaux sociaux, les ravages économiques causés par la vente en ligne, l’ubérisation due à l’essor des plateformes numériques, le déclin des commerces de proximité, la désinformation qui menace la démocratie ».
L’écrivain américain dépeint les Etats-Unis – « ce grand pays de la dissonance cognitive » – en proie à une guerre culturelle entre des camps fanatisés. Un personnage n’est pas sans évoquer Donald Trump. Partout règnent le faux et le simulacre, « les rumeurs et les mensonges circulent plus loin et plus vite que la vérité n’en a jamais rêvé ». Mais les apparences, les faux-semblants sont aussi le cœur de la fiction et Deux nuits à Lisbonne offre au lecteur une magistrale histoire de manipulation.
Deux nuits à Lisbonne • Folio Policier


