L’Objet du délit, un film d’Agnès Jaoui
Absente du grand écran depuis 2018 (Place publique), la réalisatrice Agnès Jaoui nous revient en explorant une variation du mouvement #MeToo, ouvrant des questions qui enflamment les débats…

Agnès Jaoui (la Comtesse), Daniel Auteuil (le chef d’orchestre) et Eye Haïdara (Chérubin) – ©Anne-Françoise Brillot
Agnès Jaoui est passionnée d’opéra de longue date. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elle nous entraîne dans une représentation, ou du moins les répétitions des Noces de Figaro de Mozart. Rapidement nous comprenons que l’équipe de production n’est pas celle de la Scala de Milan… L’amateurisme règne à presque tous les niveaux. Le casting étant arrêté, direction le théâtre en plein air où doit résonner l’un des trois chefs-d’œuvre de la fameuse trilogie Da Ponte. Agnès Jaoui se fait alors un malin plaisir à tracer les portraits de toute cette population qui traverse les affres d’une représentation lyrique : metteur en scène, régisseur, décorateur, costumier, chef d’orchestre et bien sûr chanteurs. Ces derniers n’étant pas en reste en matière d’égo… Tout se déroulerait à peu près bien malgré quelques réflexions malvenues quant au Cherubin… noir. Les choses vont s’envenimer lorsqu’une accusation d’agression sexuelle se fait jour entre la jeune Suzanne (fille du mécène de la production) et le Comte, baryton sillonnant les plus grandes scènes de la planète et auquel bien sûr tout est dû. Et encore plus. Le ton monte, les journalistes veulent en savoir un peu plus, l’équipe se fracture. Agnès Jaoui en profite pour passer au scanner toutes les attitudes possibles face à un pareil évènement, n’hésitant pas, elle qui chante la Comtesse, à adopter une position ambigüe. On rit souvent, jaune parfois.
Il est certain que le choix de l’ouvrage de Beaumarchais qui, dit-on, joua son rôle lors de la Révolution française, n’est pas ici anodin. Chaque personnage de l’opéra, sous réserve de les connaitre, fait écho au personnage du film dans un scénario finement ciselé. Ajoutons au chaos qui s’ensuit une déclaration à venir d’une grande cantatrice qui va publier une liste des pervers sexuels qu’elle a croisés, liste dans laquelle le chef d’orchestre de ces Noces a bien peur de figurer ! Si certaines scènes « lyriques » pourront faire baisser l’attention des néophytes en la matière, le film déroule ses plus de deux heures sur un rythme soutenu, fidèle à celui de cette « folle journée » souhaitée autant par Beaumarchais que par Mozart.
Une poignée de comédiens donne vie à l’ensemble : Agnès Jaoui (la Comtesse), Daniel Auteuil (le chef d’orchestre), Claire Chust (metteure en scène débutante inoubliable), Eye Haïdara (incontournable à l’écran en ce moment, Cherubin survolté et l’arme au poing), entre autres car ils sont nombreux et tous particulièrement bien croqués.
Entre humour corrosif et réflexion sociétale, un bon divertissement.

