Après « Les trois mousquetaires » et « Le comte de Monte Cristo », la société Pathé renoue avec le cinéma historique à gros budget en sortant sur les écrans « La bataille de Gaulle », présenté en deux épisodes : « L’âge de fer », cette semaine, et « J’écris ton nom » le 3 juillet. Et c’est à nouveau un pari gagnant, le personnage du plus fameux général français étant tout aussi extraordinaire que les plus incroyables héros de fiction.

Simon Abkarian est de Gaulle dans la saga en deux volets d’Antonin Baudry. Photo Malgosia Abramowska
La première séquence de « La bataille de Gaulle : l’âge de fer », d’Antonin Baudry, donne le ton. Mélangeant images d’archives et reconstitution en scope d’une bataille entre Allemands et Français, en 1940, elle nous montre un Charles de Gaulle qui va jusqu’au bout du combat, échappant par miracle à la mitraille ennemie. Ce côté bravache, l’honneur chevillé au corps, le militaire va le conserver quand il quitte la France de Pétain pour tenter de reconstruire la fierté bafouée d’un pays à genoux. A Londres, c’est en d’abord solitaire qu’il mène son action, semée de désillusions. Et puis, peu à peu, des hommes libres le rejoignent pour former la France libre. Mais qu’il sera difficile, ce chemin vers la victoire. Il prendra forme dans les colonies africaines, dans une stratégie tout à fait inattendue de ce curieux général qu’est devenu de Gaulle l’exilé…
Force de caractère et maladresses
La grande réussite du film d’Antonin Baudry est de nous montrer un homme certes droit dans ses bottes mais aussi travaillé par le doute ; un homme d’une exigence totale dont la vision finit par emporter les plus indécis. Simon Abkarian l’incarne de sa haute stature, dardant de son regard d’aigle son entourage, prêt à tout pour le suivre. Simon Russell Beale est lui un Churchill plus vrai que nature – cigare et whisky compris – dont les duels à fleuret moucheté avec de Gaulle, dont il apprécie l’audace, sont un régal. La force de caractère est là, les maladresses aussi, qui donnent parfois au Général des airs de M. Hulot (par exemple quand il marche dans la boue d’une rivière, au Cameroun, après un amerrissage accidentel). Autour de de Gaulle, d’autres personnages clés sont bien campés, qu’il s’agisse de Loïc Corbery en Pleven, l’un des premiers soutiens, Mathieu Kassovitz en Darlan, collaborationniste en chef, ou de Benoît Magimel en Koenig. On le voit, héroïque, le visage entaillé et poussiéreux, dirigeant 3000 hommes, dont peu survivront, à Bir Hakeim, en 1942, seul corps armé de Français libres, face à 30000 Allemands surarmés.
Efficacité redoutable
Le film, d’une véracité historique qui fait grincer quelques spécialistes, passe alors du portrait serré à la superproduction, nous plongeant dans le vacarme du combat avec une efficacité redoutable. Egalement scénariste (aux côtés de Bérénice Vila), d’après un livre de Julien Jackson, le réalisateur a eu l’idée tout à fait judicieuse de montrer en parallèle la prise de conscience d’un jeune Parisien, Fernand Bonnier de la Chapelle (rôle écrasant dont Florian Lesieur se sort avec les honneurs), résistant de la première heure, malgré les risques encourus. Les écueils d’un tel projet étaient nombreux, tant sur le plan historique, psychologique que spectaculaire. Ils sont très largement évités, à l’exception d’une musique ronflante omniprésente signée du très martial Volker Bertelmann. De quoi attendre avec impatience la suite, qui sortira sur les écrans – les grands écrans, tellement mieux que les petites lucarnes numériques – dans un mois, le 3 juillet.
« La bataille de Gaulle : l’âge de fer », actuellement au cinéma.

